Mise à jour le 25 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources
Oui, le laccaire laqué (Laccaria laccata) est comestible, à condition d’être bien cuit : c’est un petit champignon orangé très commun dans les bois de France de l’été à la fin de l’automne. Sa qualité est modeste et, surtout, il fait partie des « petits champignons bruns » qui ressemblent à des espèces toxiques, voire mortelles, comme certains cortinaires. Pour le reconnaître, cinq critères doivent être réunis : un chapeau fauve orangé à rose carné, des lames épaisses, très espacées, rose chair, un pied fibreux et tenace de la couleur du chapeau, ni anneau ni voile, et une sporée blanche.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.
Sommaire

Carte d’identité du laccaire laqué
| Nom scientifique | Laccaria laccata (Scop.) Cooke ; anciens noms : Agaricus laccatus Scop., Clitocybe laccata (Scop.) P. Kumm. |
|---|---|
| Noms courants | Laccaire laqué, clitocybe laqué |
| Famille | Hydnangiacées |
| Comestibilité | Comestible (chapeau), bien cuit ; qualité modeste |
| Saison | De l’été à la fin de l’automne (surtout juillet à novembre) |
| Milieu | Bois de feuillus et de conifères, souvent dans la mousse ; landes et sols pauvres |
| Arbres associés | Pins, hêtres, bouleaux, noisetiers… |
| Mode de vie | Mycorhizien pionnier : il vit associé aux racines des arbres, y compris des jeunes plantations |
| Fréquence | Très commun |
| Taille | Chapeau de 2 à 6 cm ; pied de 2 à 10 cm de haut et 3 à 10 mm d’épaisseur |
| Sporée | Blanche |
Comment reconnaître le laccaire laqué ?
Le laccaire laqué est l’espèce type du genre Laccaria : petit chapeau, pied long et fibreux, lames épaisses et espacées, sporée blanche, ni anneau ni volve. Sa couleur varie énormément avec l’humidité et l’âge : les Anglais l’appellent d’ailleurs the deceiver, « le trompeur ».
Le chapeau
Il mesure 2 à 6 cm. D’abord globuleux puis convexe, il s’étale et se creuse légèrement au centre (ombiliqué). Humide, il est fauve orangé, brun rougeâtre ou rose carné. Il est très hygrophane : en séchant, il pâlit en chamois ou ocre terne, et prend un aspect délavé. Sa surface est lisse à finement pruineuse (comme légèrement poudrée), mate. La marge, finement striée à l’état humide, devient ondulée et irrégulière avec l’âge.
Les lames
Épaisses, très espacées, inégales, rose chair à rose orangé. Elles sont attachées au pied (adnées) ou descendent légèrement dessus. À maturité, elles paraissent poudrées de blanc par les spores. Elles ne deviennent jamais brun rouille.
Le pied
De 2 à 10 cm de haut, grêle, souvent tordu, de la même couleur que le chapeau, strié de fibres dans la longueur. Il est ferme, fibreux et tenace : il se déchire en fibres au lieu de casser net. Ni anneau, ni cortine (voile en toile d’araignée), ni volve.
La chair
Mince, rose carné, immuable à la coupe. Odeur et saveur faibles. Une odeur de radis, de farine ou une odeur désagréable doivent faire douter.
La sporée
Blanche. C’est le contrôle le plus utile : les cortinaires fauves qui lui ressemblent ont une sporée brun rouille, les inocybes une sporée brune.
Les critères décisifs en 30 secondes
| À vérifier | Laccaire laqué | Si ce n’est pas le cas… |
|---|---|---|
| Lames | Épaisses, très espacées, rose chair | Lames rouille ou brunes : cortinaire ou inocybe, rejetez |
| Sporée | Blanche | Brun rouille : cortinaire, possiblement mortel. Brune : inocybe |
| Voile | Aucun | Filaments en toile d’araignée sous le chapeau : cortinaire |
| Pied | Fibreux, tenace, couleur du chapeau | Pied fragile qui casse net : mycène |
| Odeur | Faible | Odeur de radis : mycène ou cortinaire |
| Milieu | Sous les arbres, dans la mousse | En pleine prairie : pensez plutôt au marasme des oréades ou à un autre genre |
Un seul critère manquant suffit à rejeter le champignon.
Le laccaire laqué est-il comestible ou toxique ?
Le laccaire laqué est comestible et ne contient pas de toxine connue. Son goût est doux et discret ; on le compare parfois au marasme des oréades. On ne consomme que les chapeaux : les pieds, fibreux, sont écartés. Petit et peu charnu, il sert surtout à compléter une poêlée de champignons.
Comme le laccaire améthyste, il peut concentrer le césium 137 radioactif présent dans certains sols. Le vrai risque reste la confusion : parmi les petits champignons orangés ou bruns des sous-bois figurent des espèces toxiques et même mortelles. Un débutant ne doit pas consommer de laccaire laqué sans contrôle par un connaisseur.
Les précautions de l’Anses s’appliquent :
- Jamais cru : cuisson de 20 à 30 minutes à la poêle.
- Avec modération : 150 à 200 g de champignons par adulte et par semaine au maximum.
- Jamais aux jeunes enfants.
- Pas en bord de route ni près des sites pollués.
Laccaire laqué toxique ? Les confusions dangereuses
| Espèce | Danger | Ce qui la distingue du laccaire laqué |
|---|---|---|
| Cortinaire couleur de rocou (Cortinarius orellanus) et autres petits cortinaires fauves | Mortel (orellanine) | Chapeau feutré roux orangé à brun rouille · lames orangé fauve puis brun rouille · sporée brun rouille · cortine fugace, souvent absente chez l’adulte · chair jaunâtre, odeur de radis · premiers symptômes de 12 h à 20 jours après le repas, puis atteinte grave des reins |
| Inocybes (Inocybe spp.) | Toxiques (muscarine), certains dangereux | Chapeau fibrilleux, souvent conique ou mamelonné, parfois fendu · lames beige sale à brun · sporée brune · odeur souvent terreuse ou spermatique |
| Mycène rosé (Mycena rosea) et mycène pur (Mycena pura) | Toxiques (muscarine) | Nette odeur de radis · chapeau rose à lilas, marge striée · lames blanchâtres à rosées, moins espacées · pied fragile et creux, qui casse net |
| Laccaire améthyste (Laccaria amethystina) | Comestible | Même silhouette, mais violet de partout |
| Laccaire bicolore (Laccaria bicolor) et Laccaria proxima | Comestibles | Bicolore : lames lilas pâle et duvet lilas à la base du pied · L. proxima : espèce très proche, longtemps confondue avec le laccaire laqué |
| Hygrophore des prés (Cuphophyllus pratensis) | Comestible | Pousse dans l’herbe des prairies, en automne · chapeau orangé sec, plus charnu · lames crème orangé, cireuses, nettement décurrentes · pied cassant, non fibreux |
| Marasme des oréades (Marasmius oreades) | Comestible | Pousse dans les prairies, souvent en ronds · lames blanc crème · chapeau crème à roux pâle, mamelonné · odeur de foin |
La règle de sécurité à retenir
Lames épaisses, très espacées et rose chair + sporée blanche + aucun voile + pied fibreux + pas d’odeur de radis. Faites une sporée en cas de doute : une trace brun rouille ou brune écarte définitivement le laccaire. Les petits champignons bruns forment un groupe où même les mycologues s’aident du microscope. Si vous débutez, ne les consommez pas.
Où et quand trouver le laccaire laqué ?
Le bon milieu
Le laccaire laqué pousse dans les bois de feuillus et de conifères, souvent dans la mousse, mais aussi dans les landes et sur les sols pauvres. Il vit en association avec de nombreux arbres : pins, hêtres, bouleaux, noisetiers. C’est un champignon pionnier, capable de s’installer sur les racines de jeunes arbres. Il pousse en troupes dispersées, souvent en compagnie du laccaire améthyste. Il est commun dans toute la France.
Le bon moment
| Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| – | – | – | – | – | rare | ● | ●● | ●●● | ●●● | ●● | rare |
Il apprécie les périodes fraîches et humides. Par temps sec, les exemplaires délavés deviennent difficiles à reconnaître : préférez-les bien colorés, après la pluie.
Voir aussi : quels champignons ramasser en août, en septembre et en octobre.
Cueillette, nettoyage et conservation
- Cueillez le champignon entier et gardez quelques exemplaires à part pour faire une sporée à la maison.
- Contrôlez chaque exemplaire : couleur des lames, absence de voile, pied fibreux, odeur faible. Un seul intrus suffit à gâcher la récolte.
- Nettoyage : coupez les pieds, secouez et brossez les chapeaux ; rincez rapidement si nécessaire, sans faire tremper.
- Au réfrigérateur : 24 à 48 heures au maximum, dans un papier ou un torchon.
- Congélation : après cuisson à la poêle, une fois refroidis.
- Séchage : à basse température (40 à 50 °C), puis en bocal hermétique.
Comment cuisiner le laccaire laqué ? Nos recettes
Sa chair mince cuit vite, mais respectez une cuisson complète. Il s’associe bien aux autres champignons de sous-bois, aux œufs et aux féculents.
Poêlée forestière aux laccaires (pour 2 personnes)
Préparation : 10 min · Cuisson : 25 min
- 250 g de chapeaux de laccaires (laqués ou mélangés à d’autres champignons comestibles contrôlés)
- 1 échalote, 20 g de beurre, 1 cuillère à soupe d’huile, persil, sel, poivre
- Faites chauffer l’huile et le beurre, ajoutez les chapeaux.
- Laissez cuire 20 minutes à feu moyen en remuant, jusqu’à ce que l’eau rendue soit évaporée.
- Ajoutez l’échalote hachée, poursuivez 5 minutes, parsemez de persil, salez et poivrez.
Risotto aux laccaires (pour 4 personnes)
Préparation : 10 min · Cuisson : 40 min
- 250 g de chapeaux de laccaires, 300 g de riz arborio, 1 oignon, 1 l de bouillon de légumes chaud, 10 cl de vin blanc sec, 40 g de beurre, 50 g de parmesan
- Faites cuire les laccaires 20 minutes à la poêle dans la moitié du beurre ; réservez.
- Faites revenir l’oignon haché, ajoutez le riz, nacrez-le 2 minutes, puis mouillez avec le vin.
- Versez le bouillon louche par louche en remuant, pendant 18 minutes environ.
- Incorporez les laccaires, le reste du beurre et le parmesan. Servez aussitôt.
Tartines aux laccaires et au fromage frais (pour 4 personnes)
Préparation : 10 min · Cuisson : 25 min
- 200 g de chapeaux de laccaires, 4 tranches de pain de campagne, 100 g de fromage frais, 1 gousse d’ail, ciboulette, huile d’olive, sel, poivre
- Faites cuire les laccaires 20 minutes à la poêle avec un filet d’huile et l’ail haché.
- Faites griller le pain, tartinez-le de fromage frais.
- Répartissez les champignons chauds, parsemez de ciboulette, salez, poivrez et servez.
Le saviez-vous ?
- Un nom qui vient de la laque : Laccaria et laccata dérivent du latin lacca, « laque », en référence à l’aspect de l’espèce.
- « Le trompeur » : en anglais, the deceiver. Ses couleurs vives quand il est jeune et humide deviennent ternes et délavées au sec ou avec l’âge, au point de le rendre méconnaissable.
- Une espèce qui en cache plusieurs : ce que l’on appelait autrefois « laccaire laqué » regroupe en réalité plusieurs espèces très proches, dont Laccaria proxima et le laccaire bicolore.
- Un allié des forestiers : champignon mycorhizien pionnier, il colonise facilement les racines des jeunes arbres. Son proche parent, le laccaire bicolore, a été en 2008 le premier champignon mycorhizien dont le génome a été séquencé.
- Consommé au Mexique : il fait partie des champignons traditionnellement consommés par les Zapotèques de l’Oaxaca.
Questions fréquentes sur le laccaire laqué
Le laccaire laqué est-il comestible ou pas ?
Oui, il est comestible bien cuit. On mange le chapeau ; le pied, fibreux, est écarté. Sa qualité est modeste et le risque de confusion avec des petits champignons toxiques impose un contrôle.
Le laccaire laqué peut-il être toxique ?
Il ne contient pas de toxine connue. Les intoxications viennent de confusions, notamment avec des cortinaires fauves, des inocybes ou des mycènes.
Clitocybe laqué et laccaire laqué : quelle différence ?
Aucune : c’est le même champignon. « Clitocybe laqué » est un ancien nom, datant de l’époque où les laccaires étaient classés parmi les clitocybes.
Existe-t-il un « lactaire laqué » ?
Non. C’est une confusion avec le nom laccaire. Les lactaires sont un autre genre : ils laissent couler un lait à la cassure, ce que ne font jamais les laccaires.
Comment différencier le laccaire laqué d’un cortinaire ?
Faites une sporée : blanche chez le laccaire, brun rouille chez le cortinaire. Observez aussi les lames (rose chair chez le laccaire, devenant rouille chez le cortinaire) et cherchez des restes de cortine, ce voile en toile d’araignée.
Quelle différence avec le laccaire améthyste ?
Seulement la couleur : le laccaire améthyste est violet de partout, le laccaire laqué orangé à rose carné. Les deux sont comestibles et poussent souvent ensemble.
Comment cuisiner le laccaire laqué ?
En poêlée, en omelette, en risotto ou mélangé à d’autres champignons, toujours cuit 20 à 30 minutes. Ne gardez que les chapeaux.
Pourquoi mon laccaire laqué est-il presque beige ?
Il est hygrophane : il pâlit en séchant. Un exemplaire décoloré est plus difficile à reconnaître ; ne le ramassez pas en cas de doute.
Que faire en cas de malaise après un plat de petits champignons ?
Appelez le 15 ou un centre antipoison immédiatement, même si les troubles sont légers ou apparaissent tardivement, et gardez les restes. Voir que faire en cas d’intoxication aux champignons.
Espèces proches
- Tous les laccaires · Laccaire améthyste
- Marasme des oréades
- Les champignons comestibles · Les champignons mortels
Sources
- Laccaria laccata, Mycène pur et Cortinaire couleur de rocou, Wikipédia.
- Laccaria laccata et Laccaria bicolor, Wikipedia (en anglais).
- Mycocharentes, fiche Cortinarius orellanus.
- ConnaîtreLaNature, Laccaires.
- Centre antipoison de Lille, Champignons et principaux syndromes toxiques.
- Anses, Intoxications accidentelles par des champignons, bilan juillet-décembre 2024 (2025).