Mise à jour le 26 septembre 2026 · Rédaction les-champignons.fr · Notre méthode et nos sources
Les cortinaires (genre Cortinarius) forment le plus grand genre de champignons à lames : environ 2 700 espèces dans le monde. Ils se reconnaissent à deux caractères : une cortine, voile fin en toile d’araignée qui relie la marge du chapeau au pied chez le jeune champignon, et une sporée brun rouille. Deux espèces présentes en France sont mortelles : le cortinaire couleur de rocou et le cortinaire très joli. Leur toxine, l’orellanine, détruit les reins, et les premiers signes peuvent n’apparaître que plusieurs jours, voire trois semaines après le repas. Les espèces du genre sont très difficiles à distinguer entre elles : ne consommez aucun cortinaire.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison, même si le repas date de plusieurs jours : l’intoxication par les cortinaires commence de 12 heures à 20 jours après l’ingestion.

Sommaire
Qu’est-ce qu’un cortinaire ?
Le genre Cortinarius appartient à la famille des Cortinariacées. Son nom vient du latin cortina, « rideau », en référence au voile qui ferme le dessous du chapeau chez le jeune champignon. C’est le genre d’agarics le plus vaste et l’un des moins bien connus : environ 2 000 noms d’espèces ont été publiés, et leur classification est encore en cours de révision grâce aux analyses génétiques.
Les cortinaires vivent en association avec les racines des arbres (mycorhizes), feuillus comme conifères. On les trouve donc en forêt, en lisière et dans les parcs arborés. Leurs formes et leurs couleurs sont très variées : du petit cortinaire rouge sang au grand cortinaire charnu, en passant par des espèces fauves, orangées ou violettes.
Comment reconnaître un cortinaire ?
| Organe | Chez les cortinaires |
|---|---|
| Cortine | Voile en toile d’araignée tendu entre la marge du chapeau et le pied chez le jeune. Il disparaît vite, mais laisse souvent sur le pied des fibrilles rouillées (les spores s’y collent) ou des restes en bracelets. |
| Sporée | Brun rouille chez toutes les espèces. Les lames mûres prennent cette teinte, même si elles étaient violettes, jaunes ou crème au départ. |
| Lames | Attachées au pied (adnées ou échancrées), jamais libres ; couleur variable chez le jeune, rouille à maturité |
| Anneau et volve | Pas d’anneau membraneux (sauf rares exceptions comme le cortinaire ridé) et pas de volve en sac |
| Mode de vie | Au sol, près des arbres ; jamais sur le bois |
Le réflexe utile : faire une sporée. Posez le chapeau, lames vers le bas, sur une feuille blanche pendant quelques heures. Un dépôt brun rouille oriente vers un cortinaire (ou vers d’autres genres à spores brunes, comme les galères). Un dépôt blanc l’exclut. Ce test ne remplace pas l’examen d’un spécialiste : il sert à rejeter, jamais à valider.
Les cortinaires sont-ils mortels ?
Certains, oui. Plusieurs espèces contiennent l’orellanine, une toxine qui détruit les cellules des reins. Elle a été trouvée dans au moins une trentaine d’espèces de Cortinariacées. En France, deux espèces sont en cause dans les intoxications : le cortinaire couleur de rocou (Cortinarius orellanus) et le cortinaire très joli (Cortinarius rubellus). L’orellanine résiste à la cuisson, à la congélation et au séchage.
Le syndrome orellanien
- Délai très long : les premiers signes apparaissent de 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne (Anses, 2024). À ce moment, le lien avec les champignons est souvent oublié.
- Symptômes : troubles digestifs (inconstants), puis soif intense, sécheresse et brûlure de la bouche, douleurs dans le bas du dos, urines anormalement abondantes ou au contraire rares.
- Évolution : insuffisance rénale aiguë, qui peut devenir définitive et imposer des dialyses ou une greffe de rein.
Selon l’Anses, le syndrome orellanien représentait 10 % des intoxications graves par champignons au second semestre 2024 (4 cas sur 41). Trois patients ont gardé une insuffisance rénale chronique ; deux étaient toujours sous dialyse, en attente de greffe. Dans trois de ces quatre cas, les personnes pensaient cueillir des chanterelles ; un cortinaire a été formellement identifié dans un cas. Une étude des centres antipoison français sur 2013-2022 a recensé 17 cas : 76 % des patients ont dû être dialysés et 41 % ont été inscrits sur liste de greffe.
Pour la conduite à tenir, voir intoxication aux champignons et les champignons mortels.
Les cortinaires présentés sur le site
| Espèce | Nom scientifique | Comestibilité | À retenir |
|---|---|---|---|
| Cortinaire couleur de rocou | Cortinarius orellanus | Mortel | Chapeau roux orangé, sec et feutré ; lames très espacées, orange puis rouille ; plutôt sous feuillus |
| Cortinaire très joli | Cortinarius rubellus (syn. C. speciosissimus) | Mortel | Chapeau conique à mamelon pointu, brun roux ; bracelets jaunes sur le pied ; sous conifères, dans la mousse |
Autres cortinaires notables en France
- Cortinaire remarquable (Cortinarius praestans) : grand cortinaire charnu, réputé comestible dans la littérature. Sa détermination exige un connaisseur : nous déconseillons de le consommer.
- Cortinaire ridé (Cortinarius caperatus, anciennement Rozites caperatus, « pholiote ridée ») : l’une des rares espèces du genre à porter un vrai anneau ; consommée en Europe et en Amérique du Nord.
- Cortinaire sanguin (Cortinarius sanguineus) : petit cortinaire entièrement rouge sang, utilisé pour teindre la laine. Non comestible.
Même les espèces citées comme comestibles côtoient des espèces mortelles de la même couleur. Certains cortinaires bioaccumulent aussi les métaux lourds, comme le mercure chez Cortinarius malicorius.
Cortinaire ou autre genre ? Les confusions à connaître
| Genre ou espèce | Ce qui le distingue d’un cortinaire |
|---|---|
| Girolle et chanterelle en tube | Pas de vraies lames mais des plis épais et fourchus qui descendent sur le pied ; sporée pâle, jamais rouille. Ce sont les confusions les plus souvent en cause dans le syndrome orellanien. |
| Laccaires (laccaire laqué) | Lames épaisses et espacées, rose chair ; sporée blanche |
| Galères (galerines) | Même sporée brun rouille, mais poussent en général sur le bois ou dans la mousse ; la galère marginée, mortelle, porte un anneau |
| Hypholomes et pholiotes | Poussent en touffes sur le bois ; sporée brun violacé (hypholomes) ou brun rouille (pholiotes) |
| Paxilles | Lames décurrentes, qui se détachent facilement du chapeau et brunissent au toucher ; marge enroulée |
Comparatif détaillé : Pied bleu ou cortinaire ? Comment les différencier
Règle de sécurité : rejetez tout champignon brun, fauve ou orangé à lames rouille que vous ne connaissez pas parfaitement. Coupez vos girolles une à une et vérifiez l’absence de vraies lames.
Quand poussent les cortinaires ?
La plupart fructifient de la fin de l’été à la fin de l’automne, en même temps que les girolles, les chanterelles en tube et les cèpes. Le cortinaire couleur de rocou est signalé de juillet à décembre selon les sources, le cortinaire très joli surtout en octobre et novembre. Voir aussi : quels champignons ramasser en septembre, en octobre et en novembre.
Questions fréquentes sur les cortinaires
Comment reconnaître un cortinaire ?
Une cortine (voile en toile d’araignée) sous le chapeau du jeune, des fibrilles rouillées sur le pied, des lames attachées au pied qui deviennent rouille, et une sporée brun rouille. Pas de volve, en général pas d’anneau.
Tous les cortinaires sont-ils toxiques ?
Non, mais la toxicité de la plupart des espèces est inconnue et plusieurs sont mortelles. Comme les distinguer demande souvent un microscope, aucun cortinaire ne doit être consommé par un amateur.
Quels sont les cortinaires mortels en France ?
Le cortinaire couleur de rocou (Cortinarius orellanus) et le cortinaire très joli (Cortinarius rubellus), qui contiennent de l’orellanine.
Combien de temps après le repas apparaissent les symptômes ?
De 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne selon l’Anses. C’est le délai le plus long de toutes les intoxications par champignons.
L’intoxication par un cortinaire se soigne-t-elle ?
Il n’existe pas d’antidote. Le traitement vise à protéger et suppléer les reins (dialyse). Une partie des malades garde une insuffisance rénale définitive et a besoin d’une greffe.
La cuisson détruit-elle l’orellanine ?
Non. L’orellanine résiste à la cuisson, à la congélation et au séchage.
Qu’est-ce que la cortine ?
Un voile très fin, en fils de toile d’araignée, qui protège les lames du jeune champignon. Il disparaît vite et laisse parfois une zone de fibrilles rouillées sur le pied.
Peut-on confondre un cortinaire avec une girolle ?
Oui, c’est la confusion la plus fréquente dans les intoxications orellaniennes. La girolle n’a pas de lames mais des plis épais, fourchus, qui descendent sur le pied.
Sources
- Anses, Intoxications accidentelles par des champignons, bilan juillet-décembre 2024 (2025).
- Syndromes orellaniens : données des centres antipoison en France (2013-2022), Toxicologie Analytique et Clinique.
- ARS Normandie, Prise en charge des intoxications par les champignons.
- Cortinarius et Cortinarius caperatus, Wikipédia ; Cortinarius, Wikipedia (en).
- Université Lyon 1, Cortinarius orellanus.