Cortinaire très joli

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Mise à jour le 26 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources

Le cortinaire très joli (Cortinarius rubellus, anciennement C. speciosissimus) est mortel : comme le cortinaire couleur de rocou, il contient de l’orellanine, qui détruit les reins, et les premiers signes n’apparaissent que de 12 heures à 20 jours après le repas. Ce cortinaire des forêts de conifères moussues se reconnaît à quatre critères réunis : un chapeau conique à mamelon pointu, fauve à brun roux et finement fibrilleux, des lames ocre puis brun rouille, un pied orné de bracelets jaunes sur sa moitié inférieure et une sporée brun rouille. Il a été cueilli à la place de chanterelles et de cèpes.

⚠️ Avant de consommer

Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.

⚠️ Urgence

Les premiers signes apparaissent de 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne (Anses, 2024) : troubles digestifs, puis soif intense, bouche sèche et brûlante, douleurs dans le bas du dos. À ce stade, les reins sont déjà atteints. Si vous avez mangé des champignons sauvages dans les trois semaines précédentes et que ces signes apparaissent, appelez le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison et signalez ce repas, même ancien. Si vous pensez avoir consommé ce cortinaire, appelez tout de suite, sans attendre les symptômes. Gardez les restes et les épluchures.

Infographie cortinaire très joli : chapeau conique à mamelon pointu brun roux, lames ocre puis rouille, bracelets jaunes sur le pied, champignon mortel
Le cortinaire très joli en un coup d’œil (infographie : illustration générée par IA et vérifiée par la rédaction ; comparez toujours avec le champignon réel)

Carte d’identité du cortinaire très joli

Nom scientifique Cortinarius rubellus Cooke (1887) ; synonymes : Cortinarius speciosissimus Kühner & Romagn., Cortinarius orellanoides Rob. Henry, Dermocybe orellanoides (Rob. Henry) M.M. Moser
Noms courants Cortinaire très joli
Famille Cortinariacées
Comestibilité MORTEL
Syndrome Syndrome orellanien (atteinte des reins) ; premiers signes de 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne
Saison Automne, surtout octobre et novembre en France
Milieu Forêts de conifères (épicéas, pins), plus rarement bois mêlés ou feuillus ; sols humides et moussus, souvent parmi les myrtilles
Mode de vie Mycorhizien : associé aux racines des arbres
Fréquence Assez rare en France, surtout en moyenne montagne ; plus répandu en Europe du Nord
Taille Chapeau de 2,5 à 8 cm ; pied de 5,5 à 11 cm de haut, 0,5 à 1,5 cm d’épaisseur
Sporée Brun rouille

Comment reconnaître le cortinaire très joli ?

Il possède les caractères du genre cortinaire : une cortine (voile en toile d’araignée) chez le jeune, des lames attachées au pied qui deviennent rouille et une sporée brun rouille. Il n’a ni anneau membraneux, ni volve. Son nom ne doit pas tromper : « très joli » traduit l’ancien nom latin speciosissimus et ne dit rien de sa comestibilité.

Le chapeau

Il mesure 2,5 à 8 cm. D’abord conique ou en cloche, il s’étale en partie avec l’âge mais garde un mamelon pointu bien visible. Sa couleur va du fauve orangé au brun roux, avec une marge souvent plus pâle. La surface est sèche, non visqueuse, couverte de fines fibrilles ou de petites écailles qui lui donnent un aspect mat et duveteux.

Les lames

Attachées au pied, ocre à caramel chez le jeune, elles foncent en brun rouille à mesure que les spores mûrissent.

Le pied

Haut de 5,5 à 11 cm pour 0,5 à 1,5 cm d’épaisseur, de la couleur du chapeau ou un peu plus pâle, brun orangé. Il est cylindrique ou un peu renflé vers la base. Son signe distinctif : sur sa moitié inférieure, des restes du voile forment des bandes ou bracelets jaunes, parfois effacés sur les vieux exemplaires ou après la pluie.

La chair

Jaune paille à orangé pâle, plus foncée sous la surface du chapeau et à la base du pied. Son odeur légère de rave ou de radis n’a rien de repoussant, et sa saveur est douce, sans goût marqué. Ne goûtez jamais un cortinaire.

Les critères décisifs en 30 secondes

À vérifier Cortinaire très joli Ce qu’il faut en conclure
Dessous du chapeau Vraies lames fines Des plis épais qui descendent sur le pied évoquent une chanterelle ; des pores, un cèpe. Des lames l’excluent.
Forme du chapeau Conique, mamelon pointu Associé aux autres critères, signe d’alerte fort
Pied Bracelets jaunes sur la moitié inférieure Absents chez les chanterelles : rejetez
Couleur des lames Ocre puis brun rouille Lames rouille : rejetez
Milieu Conifères, mousses, sol humide Le même milieu que la chanterelle en tube : vigilance maximale
Sporée Brun rouille Sporée rouille : rejetez

Règle d’or : un champignon fauve ou brun roux à vraies lames et sporée rouille ne se mange pas.

Le cortinaire très joli est-il comestible ? Toxicité et symptômes

Non, il est mortel. Il contient de l’orellanine, la même toxine que le cortinaire couleur de rocou. Elle détruit les tubules des reins et provoque une insuffisance rénale souvent irréversible. Elle résiste à la cuisson, à la congélation et au séchage.

Le syndrome orellanien, étape par étape

Phase Délai après le repas Ce qui se passe
1. Latence De 12 heures à plusieurs jours Aucun symptôme. La toxine agit déjà.
2. Premiers signes De 12 heures à 20 jours, 3 jours en moyenne Troubles digestifs inconstants : nausées, vomissements, diarrhée, douleurs au ventre
3. Atteinte des reins Entre 2 et 20 jours Soif intense, urines abondantes puis rares, bouche sèche et brûlante, douleurs dans le bas du dos
4. Évolution Semaines à mois Récupération partielle ou insuffisance rénale définitive : dialyse, greffe de rein ; parfois coma et décès

Le danger tient à ce délai : quand les troubles surviennent, personne ne pense plus au repas de champignons.

Des intoxications bien documentées

  • Finlande, 1972 : quatre personnes intoxiquées, dont deux ont gardé une insuffisance rénale définitive.
  • Écosse, 1979 : trois personnes qui croyaient ramasser des chanterelles ; deux ont dû être greffées d’un rein.
  • Suède, 1979-1993 : 22 personnes intoxiquées, dont neuf ont eu besoin d’une greffe de rein. Elles l’avaient confondu avec des chanterelles ou des hygrophores.
  • Septembre 2008 : l’écrivain Nicholas Evans, auteur de L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, sa femme et deux proches l’ont pris pour des cèpes, sans remarquer qu’il avait des lames et non des pores. Tous quatre ont été atteints aux reins et avertis qu’ils auraient besoin d’une greffe.

En France, l’Anses cite le cortinaire très joli, avec le cortinaire couleur de rocou, parmi les espèces responsables du syndrome orellanien. Au second semestre 2024, ce syndrome représentait 10 % des intoxications graves (4 cas sur 41) ; trois malades ont gardé une insuffisance rénale chronique, dont deux étaient toujours sous dialyse, en attente de greffe.

Cortinaire très joli : les confusions dangereuses

Espèce Danger Ce qui la distingue du cortinaire très joli
Chanterelle en tube (Craterellus tubaeformis) Comestible Chapeau en entonnoir, creusé au centre, sans mamelon pointu · plis grisâtres, épais et fourchus, au lieu de vraies lames · pied jaune, creux, sans bracelets. Pousse dans les mêmes forêts moussues.
Girolle (Cantharellus cibarius) Comestible Entièrement jaune d’œuf · plis épais qui descendent sur le pied · chair blanche à odeur fruitée · sporée pâle
Cèpes Comestibles Pores et tubes sous le chapeau, pas de lames · chapeau épais, pied trapu
Cortinaire couleur de rocou (Cortinarius orellanus) Mortel Chapeau plus orangé, à mamelon obtus · lames très espacées · pied sans bracelets nets · plutôt sous feuillus. Même toxine.
Laccaire laqué et laccaire améthyste Comestibles médiocres Lames épaisses et espacées, rose chair ou violettes · sporée blanche
Autres cortinaires fauves Toxicité souvent inconnue, parfois mortelle Distinction souvent impossible sans microscope : tous sont à rejeter

La règle de sécurité à retenir

Retournez chaque chanterelle : des plis épais et fourchus, oui ; de vraies lames fines, rouille, non. En forêt de conifères, examinez chaque exemplaire un par un, car les deux espèces peuvent pousser côte à côte. Ne ramassez aucun champignon brun roux à lames et faites une sporée en cas de doute.

Où et quand pousse le cortinaire très joli ?

Le milieu

Il vit associé aux racines des conifères, surtout des épicéas et des pins, plus rarement dans les bois mêlés de feuillus comme le hêtre. Il aime les endroits humides et les sols moussus, souvent parmi les myrtilles ou les fougères. Il est répandu dans les forêts froides d’Europe du Nord (Scandinavie, Écosse) et se retrouve jusqu’au Japon et en Amérique du Nord. En France, il est assez rare et se rencontre surtout en moyenne montagne.

Le calendrier

Jan Fév Mar Avr Mai Juin Juil Août Sep Oct Nov Déc
– – – – – – – – possible ● ● –

Il pousse en pleine saison des chanterelles en tube, dans les mêmes forêts. Voir aussi : quels champignons ramasser en octobre et en novembre.

Que faire en cas d’ingestion ?

  1. Appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison dès que vous soupçonnez avoir mangé ce cortinaire, même sans aucun symptôme. Une prise en charge dans les premières heures permet de limiter l’absorption de la toxine.
  2. Signalez tout repas de champignons sauvages des trois semaines précédentes en cas de soif intense, de bouche sèche, de douleurs lombaires ou d’urines anormales. Dites-le aussi à votre médecin.
  3. Ne faites pas vomir la personne et ne lui donnez aucun remède « maison ».
  4. Gardez tout : restes du plat, épluchures, champignons crus, photos de la cueillette, pour l’identification par un mycologue.
  5. Prévenez tous les convives qui ont partagé le repas, même s’ils vont bien.

À l’hôpital, la fonction des reins est surveillée par des analyses de sang et d’urine, et l’orellanine peut être recherchée dans le sang, l’urine ou une biopsie de rein. Il n’existe pas d’antidote. Le traitement repose sur la dialyse et, en cas de perte définitive de la fonction rénale, la greffe de rein. Pour en savoir plus : intoxication aux champignons.

Le saviez-vous ?

  • Un nom retrouvé : l’espèce a été décrite en 1887 par le naturaliste anglais Mordecai Cubitt Cooke, à partir d’exemplaires récoltés près de Carlisle, dans le nord de l’Angleterre. Ce nom, rubellus (« rougeâtre »), n’a presque pas été utilisé avant 1980 : on connaissait surtout le champignon sous le nom de C. speciosissimus.
  • « Très joli » : le nom français traduit speciosissimus, superlatif latin de speciosus, « beau ». Un nom flatteur pour l’un des champignons les plus dangereux d’Europe.
  • Un repas, quatre malades : l’intoxication de Nicholas Evans en 2008 a fait connaître ce champignon au grand public. L’écrivain a reçu un rein de sa fille.
  • Une toxine qui brille : l’orellanine est fluorescente sous lumière ultraviolette, ce qui aide les laboratoires à repérer les espèces qui en contiennent.

Questions fréquentes sur le cortinaire très joli

Comment reconnaître le cortinaire très joli ?

Chapeau conique à mamelon pointu, fauve à brun roux, fibrilleux ; lames ocre puis rouille ; pied brun orangé orné de bracelets jaunes sur sa moitié inférieure ; sporée brun rouille. Il pousse sous les conifères, dans la mousse.

Le cortinaire très joli est-il mortel ?

Oui. Son orellanine détruit les reins. L’intoxication peut laisser une insuffisance rénale définitive, nécessitant dialyse ou greffe, ou entraîner la mort.

Combien de temps après le repas apparaissent les symptômes ?

De 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne selon l’Anses.

Quels sont les symptômes ?

Des troubles digestifs inconstants, puis une soif intense, une bouche sèche et brûlante, des douleurs lombaires et des urines anormales, signes d’une atteinte des reins.

Avec quoi le confond-on ?

Avec la chanterelle en tube et la girolle surtout, parfois avec des cèpes ou des hygrophores. Les chanterelles ont des plis et non des lames ; les cèpes ont des pores.

Quelle différence avec le cortinaire couleur de rocou ?

Le cortinaire très joli a un chapeau plus conique à mamelon pointu, des bracelets jaunes sur le pied et pousse sous les conifères ; le cortinaire couleur de rocou est plus orangé, à lames très espacées, et pousse surtout sous les feuillus. Les deux sont mortels.

La cuisson rend-elle ce champignon comestible ?

Non. L’orellanine résiste à la cuisson, à la congélation et au séchage.

Où pousse-t-il en France ?

Surtout en moyenne montagne, dans les forêts humides d’épicéas ou de pins, sur les sols moussus, en automne. Il est assez rare.

Existe-t-il un traitement ?

Pas d’antidote. Les médecins surveillent les reins et recourent à la dialyse ; certains malades ont besoin d’une greffe de rein.

Quel est son nom scientifique actuel ?

Cortinarius rubellus. Les noms Cortinarius speciosissimus et Cortinarius orellanoides désignent la même espèce.

Espèces proches

Sources

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