Amanite phalloïde

Les Champignons » Amanites » Amanite phalloïde

Mise à jour le 25 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources

L’amanite phalloïde (Amanita phalloides) est mortelle : elle est à l’origine de la grande majorité des décès par champignons en France et en Europe. Un seul exemplaire adulte peut suffire à tuer un adulte, et ni la cuisson, ni la congélation, ni le séchage ne détruisent ses toxines. Elle se reconnaît à quatre critères réunis : un chapeau vert olive à jaune verdâtre (parfois presque blanc), finement vergeté de fibrilles rayonnantes, des lames blanches et libres, un anneau blanc pendant et, à la base du pied, une volve blanche en forme de sac, souvent cachée dans la terre.

⚠️ Avant de consommer

Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.

⚠️ Urgence

Les premiers symptômes (vomissements, diarrhée, douleurs abdominales) n’apparaissent qu’6 à 24 heures après le repas, en moyenne au bout de 12 heures. Ils peuvent ensuite s’atténuer pendant 12 à 24 heures alors que le foie continue d’être détruit. Au moindre trouble survenu après un repas de champignons sauvages, appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison, même si vous vous sentez mieux. Gardez les restes et les épluchures.

Infographie amanite phalloïde : chapeau vert olive à fibrilles rayonnantes, lames blanches libres, anneau blanc pendant, pied chiné, volve blanche en sac, champignon mortel
L’amanite phalloïde en un coup d’œil (infographie : illustration générée par IA et vérifiée par la rédaction ; comparez toujours avec le champignon réel)

📌 Épingler cette fiche sur Pinterest

Carte d’identité de l’amanite phalloïde

Nom scientifique Amanita phalloides (Vaill. ex Fr.) Link (1833) ; ancien nom : Agaricus phalloides Fr.
Noms courants Amanite phalloïde, oronge verte, oronge ciguë, calice de la mort
Famille Amanitacées
Comestibilité MORTELLE
Syndrome Syndrome phalloïdien (atteinte du foie, puis des reins), latence de 6 à 24 heures
Saison De juin à novembre, surtout de la fin de l’été à l’automne
Milieu Bois de feuillus (chênes, châtaigniers, hêtres, charmes, noisetiers, bouleaux), plus rarement sous conifères ; lisières, parcs et jardins arborés
Sol Sols forestiers variés ; la nature du sol n’aide pas à l’identifier
Mode de vie Mycorhizien : associée aux racines des arbres
Fréquence Fréquente en France ; parmi les espèces toxiques les plus souvent identifiées par les centres antipoison
Taille Chapeau de 5 à 15 cm ; pied de 8 à 15 cm de haut (jusqu’à 20 cm), 1 à 2 cm d’épaisseur
Sporée Blanche
Amanite phalloïde (Amanita phalloides) : chapeau vert olive, lames blanches, anneau blanc et volve en sac à la base du pied
Amanite phalloïde (Amanita phalloides), champignon mortel

Comment reconnaître l’amanite phalloïde ?

L’amanite phalloïde réunit tous les caractères du genre amanite : des lames blanches et libres, un anneau, une volve à la base du pied et une sporée blanche. Jeune, elle sort de terre enfermée dans une enveloppe blanche, comme un œuf. En grandissant, elle déchire cette enveloppe, dont il reste la volve. Observez toujours le champignon entier, base comprise : la volve reste souvent enterrée et échappe à qui coupe le pied au couteau.

Le chapeau

Il mesure 5 à 15 cm. D’abord ovoïde puis hémisphérique, il s’étale ensuite presque à plat, sans mamelon. Sa couleur varie beaucoup : vert olive, vert jaunâtre, jaune verdâtre, plus pâle vers la marge, parfois très pâle ou même entièrement blanc (forme alba). Signe utile : la surface est parcourue de fines fibrilles rayonnantes plus foncées, comme des vergetures. Le chapeau est généralement lisse, sans verrues ; il porte parfois une grande plaque blanche, reste de l’enveloppe. La marge n’est pas striée. Un peu visqueux par temps humide, il est soyeux par temps sec. Sa peau se pèle facilement, ce qui ne prouve rien sur la comestibilité.

Les lames

Blanches, serrées, molles et libres (elles ne touchent pas le pied). Elles restent blanches toute la vie du champignon : elles ne deviennent jamais roses ni brunes, contrairement à celles des agarics (rosés des prés, agarics des bois).

Le pied

Blanc, haut de 8 à 15 cm, épais de 1 à 2 cm, élargi à la base en un bulbe. Il est souvent chiné de fines zébrures vert olive pâle, de la couleur du chapeau.

L’anneau et la volve

L’anneau est blanc (parfois légèrement verdâtre), membraneux, pendant comme une jupe, strié sur le dessus. Il est fragile et peut disparaître sur les vieux exemplaires : son absence ne doit jamais rassurer.

La volve est le critère décisif : c’est un sac membraneux blanc, ample et persistant, qui enveloppe le bulbe à la base du pied, avec un bord libre et déchiré. Elle est souvent enfoncée dans la terre ou la mousse. Pour la voir, déterrez la base du pied au lieu de la couper.

La chair

Blanche, tendre, immuable (elle ne change pas de couleur à la coupe). Son odeur est faible et douceâtre chez le jeune champignon, puis devient désagréable en vieillissant, souvent comparée à celle de la rose fanée. Sa saveur passerait pour agréable : c’est précisément ce qui la rend traîtresse. Ne goûtez jamais une amanite, même pour recracher.

Les critères décisifs en 30 secondes

À vérifier Amanite phalloïde Ce qu’il faut en conclure
Base du pied (déterrée) Volve blanche en sac Toute volve en sac = amanite : rejetez
Lames Blanches, libres, à tout âge Lames blanches + anneau + bulbe : rejetez si vous n’êtes pas expert
Chapeau Vert olive à jaunâtre, parfois blanc, fibrilles rayonnantes, sans stries à la marge La couleur varie : ne vous fiez jamais à elle seule
Anneau Blanc, pendant, strié dessus, fragile Il peut manquer : son absence n’exclut rien
Chair Blanche, immuable, odeur faible puis de rose fanée Ne goûtez pas

Règle d’or : un champignon à lames blanches, avec anneau et volve, ne se mange pas.

Publicité

L’amanite phalloïde est-elle comestible ? Toxicité et symptômes

Non, l’amanite phalloïde est mortelle. Elle ne se consomme sous aucune forme et il n’existe aucune préparation qui la rende inoffensive.

Les toxines

Elle contient deux familles de toxines :

  • Les amatoxines (alpha- et bêta-amanitine surtout). Elles bloquent une enzyme indispensable à la fabrication des protéines dans les cellules (l’ARN polymérase II). Les cellules du foie, puis des reins, meurent. Elles résistent à la cuisson, à la congélation et au séchage.
  • Les phallotoxines (phalloïdine), très toxiques pour le foie mais très peu absorbées par l’intestin : elles jouent un rôle secondaire.

Une trentaine de grammes de champignon frais, soit à peu près un demi-chapeau à un champignon adulte selon sa taille, représente une dose potentiellement mortelle pour un adulte ; beaucoup moins pour un enfant.

Le syndrome phalloïdien, étape par étape

Phase Délai après le repas Ce qui se passe
1. Latence 6 à 24 heures (médiane : 12 h) Aucun symptôme. Les toxines sont déjà absorbées.
2. Phase digestive Pendant 12 à 24 heures environ Diarrhée abondante et violente, vomissements, douleurs abdominales, sueurs. Risque de déshydratation grave.
3. Rémission trompeuse Vers le 2e jour, pendant 12 à 24 heures ou plus Les troubles digestifs s’atténuent, le malade se croit guéri. Les analyses montrent pourtant que le foie est attaqué.
4. Atteinte du foie et des reins À partir du 2e au 4e jour Hépatite aiguë, jaunisse, troubles de la coagulation, hémorragies, insuffisance rénale, confusion puis coma.

Sans traitement, le décès survient en général 6 à 16 jours après le repas. Grâce à la prise en charge hospitalière, la mortalité est aujourd’hui de l’ordre de 10 à 15 %, mais certains survivants n’ont dû leur salut qu’à une greffe du foie.

Le repère des 6 heures : pour les centres antipoison, des troubles apparus 6 heures ou plus après un repas de champignons doivent faire suspecter un syndrome phalloïdien et justifient une hospitalisation.

En France, les chiffres

Selon le bilan de l’Anses pour juillet à décembre 2024, les centres antipoison ont recensé 1 363 intoxications par des champignons, dont 41 graves et 3 décès, tous dus au syndrome phalloïdien. Ce syndrome représentait 56 % des cas graves, et l’amanite phalloïde 9,1 % des espèces toxiques identifiées. Le mois d’octobre est le plus touché.

Amanite phalloïde : les confusions dangereuses

Les intoxications surviennent le plus souvent quand un cueilleur croit ramasser une espèce qu’il connaît. Voici les confusions les plus fréquentes.

Espèce Danger Ce qui la distingue de l’amanite phalloïde
Russule verdoyante (Russula virescens) et autres russules vertes Comestibles Ni anneau, ni volve · chair ferme qui casse net comme de la craie · chapeau vert craquelé en petites plaques (russule verdoyante) · pied droit sans bulbe
Russule charbonnière (Russula cyanoxantha) Comestible Chapeau violet, vert et gris mêlés · lames blanches souples, qui ne cassent pas · ni anneau, ni volve. L’Anses cite des cueilleurs qui pensaient ramasser des russules charbonnières et ont consommé de l’amanite phalloïde.
Rosé des prés et agaric anisé des bois (Agaricus) Comestibles Lames roses puis brun chocolat, jamais blanches à maturité · pas de volve · odeur agréable (d’anis pour l’agaric des bois)
Tricholome équestre (Tricholoma equestre) Dangereux lui aussi (atteinte des muscles) Lames jaune soufre · pas d’anneau ni de volve · pousse surtout sous les pins, sur sol sableux
Vesses-de-loup (jeunes « œufs » d’amanite) Comestibles jeunes Coupée en deux de haut en bas, la vesse-de-loup est homogène, blanche comme de la mie de pain. Le jeune œuf d’amanite montre en coupe la silhouette d’un champignon (chapeau, lames, pied).
Amanite citrine (Amanita citrina) Non comestible Chapeau jaune pâle couvert de plaques blanchâtres · gros bulbe arrondi à rebord net, sans sac membraneux · forte odeur de rave ou de pomme de terre crue
Amanite vireuse et amanite printanière Mortelles Entièrement blanches · volve en sac identique · même syndrome. Toute amanite blanche est à rejeter.
Amanite vaginée ou grisette (Amanita vaginata) Comestible bien cuite, toxique crue Chapeau gris, sans reflet vert · marge nettement striée · aucun anneau · volve en sac elle aussi : une phalloïde pâle dont l’anneau est tombé peut s’y tromper

Comparatif détaillé : Amanite phalloïde ou russule verdoyante ? Comment les différencier · Rosé des prés ou amanite ? Comment les différencier · Vesse-de-loup ou amanite ? Comment les différencier

La règle de sécurité à retenir

Cueillez toujours le champignon entier et regardez sa base : une volve en sac, blanche, signe une amanite. Rejetez tout champignon à lames blanches qui porte un anneau, un bulbe ou une volve si vous n’êtes pas formé. Ne mélangez jamais dans le même panier une espèce douteuse avec vos champignons comestibles : un fragment d’amanite phalloïde suffit à rendre un plat dangereux.

Et non, l’amanite phalloïde n’est pas rouge : le chapeau rouge à flocons blancs est celui de l’amanite tue-mouche, une autre espèce toxique. Beaucoup de personnes confondent les deux noms, ce qui fait sous-estimer le danger de l’amanite phalloïde, plus discrète.

Où et quand pousse l’amanite phalloïde ?

Le milieu

L’amanite phalloïde vit en association avec les racines des arbres. On la trouve surtout dans les bois de feuillus : chênes, châtaigniers, hêtres, charmes, noisetiers, bouleaux ; plus rarement sous les pins ou les épicéas. Elle pousse aussi en lisière, dans les parcs et les jardins où se trouvent ces arbres. Elle est présente dans toute la France.

Le calendrier

Jan Fév Mar Avr Mai Juin Juil Août Sep Oct Nov Déc
– – – – – rare ● ●● ●●● ●●● ● –

Elle apparaît après les pluies de la fin de l’été et de l’automne, souvent en même temps que les cèpes et les russules : c’est à ce moment que les confusions sont les plus nombreuses. Voir aussi : quels champignons ramasser en septembre et en octobre.

Que faire en cas d’ingestion ?

  1. Appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison, dès que vous soupçonnez avoir mangé une amanite, même sans aucun symptôme. Plus le traitement commence tôt, meilleures sont les chances.
  2. N’attendez pas les symptômes, et ne vous fiez pas à une amélioration : la rémission du 2e ou 3e jour est un piège.
  3. Ne faites pas vomir la personne et ne lui donnez ni lait ni remède « maison ».
  4. Gardez tout : restes du plat, épluchures, champignons crus restants, photos de la cueillette. Ils permettront l’identification par un mycologue.
  5. Prévenez tous les convives qui ont partagé le repas, même s’ils vont bien.

À l’hôpital, le diagnostic peut être confirmé par le dosage de l’amanitine dans les urines. Le traitement associe une réhydratation intensive, des médicaments protecteurs du foie (silibinine, N-acétylcystéine) et, dans les formes les plus graves, une greffe de foie. Il n’existe pas d’antidote qui neutralise à coup sûr les amatoxines. Pour en savoir plus : intoxication aux champignons.

Le saviez-vous ?

  • Un nom trompeur : phalloides signifie « en forme de phallus », allusion à la silhouette du jeune champignon qui sort de son œuf. Le nom scientifique actuel a été fixé par le botaniste Link en 1833.
  • Un plat qui a changé l’Europe : l’empereur germanique Charles VI est mort en 1740, dix jours après un repas de champignons, avec des symptômes compatibles avec le syndrome phalloïdien. Sa succession déclencha la guerre de Succession d’Autriche, d’où le mot attribué à Voltaire : « Ce plat de champignons changea la destinée de l’Europe ».
  • Une espèce voyageuse : originaire d’Europe, elle a été introduite avec des arbres importés en Amérique du Nord, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, où elle provoque désormais des intoxications.
  • Les limaces ne sont pas des testeurs : un chapeau grignoté par les limaces ou les insectes ne prouve rien. Les animaux ne réagissent pas aux toxines comme l’être humain.
Publicité

Questions fréquentes sur l’amanite phalloïde

Comment reconnaître une amanite phalloïde ?

Chapeau vert olive à jaune verdâtre (parfois blanc) marqué de fibrilles rayonnantes, lames blanches libres, anneau blanc pendant, pied souvent chiné et, surtout, volve blanche en sac à la base du pied. Déterrez toujours la base pour voir la volve.

Quels sont les symptômes d’une intoxication à l’amanite phalloïde ?

Après 6 à 24 heures sans rien ressentir : diarrhée violente, vomissements, douleurs au ventre. Ces troubles s’atténuent ensuite, puis surviennent jaunisse, hémorragies, insuffisance du foie et des reins. Appelez le 15 dès le premier symptôme.

Existe-t-il un antidote à l’amanite phalloïde ?

Pas d’antidote spécifique. Le traitement hospitalier (réhydratation, silibinine, N-acétylcystéine, et parfois greffe du foie) est d’autant plus efficace qu’il est commencé tôt.

La cuisson rend-elle l’amanite phalloïde comestible ?

Non. Les amatoxines résistent à la cuisson, à la congélation et au séchage.

Peut-on s’empoisonner en touchant une amanite phalloïde ?

Les toxines agissent quand elles sont avalées. Toucher le champignon ne provoque pas d’intoxication, mais lavez-vous les mains ensuite et ne mettez jamais une amanite dans le même panier que des champignons destinés à être mangés.

Existe-t-il une amanite phalloïde rouge ?

Non. Le chapeau de l’amanite phalloïde va du vert olive au jaunâtre, voire au blanc. Le champignon rouge à points blancs est l’amanite tue-mouche.

Existe-t-il une amanite phalloïde blanche ?

Oui, une forme entièrement blanche existe (forme alba). Elle est aussi mortelle et ressemble à l’amanite vireuse et à l’amanite printanière.

Avec quoi confond-on le plus souvent l’amanite phalloïde ?

Avec les russules vertes (russule verdoyante, russule charbonnière), les agarics (rosé des prés) et, au stade jeune, avec les vesses-de-loup. Les russules et les agarics n’ont jamais de volve.

Où pousse l’amanite phalloïde en France ?

Partout en France, surtout sous les chênes, les châtaigniers, les hêtres et les charmes, en forêt comme dans les parcs et les jardins, de l’été à la fin de l’automne.

Combien d’amanites phalloïdes faut-il pour mourir ?

Une trentaine de grammes, soit un demi-chapeau à un champignon adulte selon sa taille, peut tuer un adulte. Pour un enfant, une quantité bien plus faible suffit.

Pourquoi l’appelle-t-on « calice de la mort » ?

Ce surnom évoque sa volve en forme de coupe et sa toxicité mortelle. On l’appelle aussi oronge verte ou oronge ciguë.

Espèces proches

Sources

Logo les champignons.fr

Amoureux des champignons, cueilleurs occasionnels, tout savoir sur les champignons pour les identifier, savoir lesquels sont comestibles ou dangereux.