Cortinaire couleur de rocou

Les Champignons » Cortinaires » Cortinaire couleur de rocou

Mise à jour le 26 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources

Le cortinaire couleur de rocou (Cortinarius orellanus) est mortel : il contient de l’orellanine, une toxine qui détruit les reins, et les premiers signes n’apparaissent que de 12 heures à 20 jours après le repas. La cuisson ne le rend pas inoffensif. Ce petit champignon des bois de feuillus se reconnaît à quatre critères réunis : un chapeau roux orangé à fauve, sec et feutré, de 3 à 8 cm, des lames très espacées, jaune orangé puis brun rouille, un pied jaunâtre à roux sans anneau et une odeur de rave. Il a déjà été cueilli à la place de girolles.

⚠️ Avant de consommer

Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.

⚠️ Urgence

Les premiers signes apparaissent de 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne (Anses, 2024) : troubles digestifs, puis soif intense, bouche sèche et brûlante, douleurs dans le bas du dos. À ce stade, les reins sont déjà atteints. Si vous avez mangé des champignons sauvages dans les trois semaines précédentes et que ces signes apparaissent, appelez le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison et signalez ce repas, même ancien. Si vous pensez avoir consommé ce cortinaire, appelez tout de suite, sans attendre les symptômes. Gardez les restes et les épluchures.

Infographie cortinaire couleur de rocou : chapeau roux orangé sec et feutré, lames espacées orange puis rouille, pied jaunâtre sans anneau, champignon mortel
Le cortinaire couleur de rocou en un coup d’œil (infographie : illustration générée par IA et vérifiée par la rédaction ; comparez toujours avec le champignon réel)

Carte d’identité du cortinaire couleur de rocou

Nom scientifique Cortinarius orellanus Fr. (1838) ; synonymes : Cortinarius rutilans Quél., Dermocybe orellana (Fr.) Ricken
Noms courants Cortinaire couleur de rocou, cortinaire des montagnes
Famille Cortinariacées
Comestibilité MORTEL
Syndrome Syndrome orellanien (atteinte des reins) ; premiers signes de 12 heures à 20 jours après le repas, 3 jours en moyenne
Saison De l’été à la fin de l’automne (de juin-juillet à décembre selon les sources)
Milieu Bois de feuillus, surtout sous chênes et bouleaux, aussi hêtres et charmes ; parfois sous conifères ; en plaine comme en montagne
Mode de vie Mycorhizien : associé aux racines des arbres
Fréquence Peu fréquent à assez rare en France
Taille Chapeau de 3 à 8 cm ; pied de 4 à 9 cm de haut, 1 à 2 cm d’épaisseur
Sporée Brun rouille

Comment reconnaître le cortinaire couleur de rocou ?

Il réunit les caractères du genre cortinaire : une cortine (voile en toile d’araignée) chez le jeune, des lames attachées au pied qui deviennent rouille et une sporée brun rouille. Chez lui, la cortine est ténue et disparaît vite : ne comptez pas la voir. Il ne porte ni anneau membraneux, ni volve.

Le chapeau

Il mesure 3 à 8 cm. D’abord convexe, à marge enroulée, il s’étale ensuite en gardant souvent un mamelon obtus. Sa couleur va du roux orangé au fauve et au brun rouille. La surface est sèche, mate, feutrée ou finement fibrilleuse, jamais visqueuse ; elle se fendille par temps sec.

Les lames

C’est un bon indice : elles sont épaisses, très espacées et ventrues, attachées au pied. D’abord jaune orangé, elles deviennent roux vif puis brun rouille quand les spores mûrissent.

Le pied

Élancé, souvent un peu flexueux, de 4 à 9 cm, jaunâtre à roux, plus pâle ou de la même couleur que le chapeau, parcouru de fibrilles plus sombres. Il s’amincit vers la base, sans bulbe. Il porte parfois, sur sa moitié inférieure, quelques restes jaune pâle de la cortine.

La chair

Ferme, crème jaunâtre à jaune roussâtre, plus rousse dans le bas du pied. Elle dégage une odeur de rave ou de radis, surtout à la coupe. Sa saveur est douce, sans rien d’alarmant : ne goûtez jamais un cortinaire.

Les critères décisifs en 30 secondes

À vérifier Cortinaire couleur de rocou Ce qu’il faut en conclure
Dessous du chapeau Vraies lames, fines lamelles séparées Des plis épais et fourchus qui descendent sur le pied évoquent une girolle ; des lames nettes l’excluent
Couleur des lames Jaune orangé puis brun rouille Lames rouille sur un champignon orangé : rejetez
Espacement des lames Très espacées, épaisses Critère utile, mais partagé avec d’autres espèces
Chapeau Roux orangé à fauve, sec, feutré, 3 à 8 cm La couleur seule ne suffit jamais
Pied Jaunâtre à roux, fibrilleux, sans anneau, sans bulbe Bracelets jaunes nets et chapeau conique pointu : cortinaire très joli, lui aussi mortel
Sporée Brun rouille Sporée rouille sur un champignon orangé à lames : rejetez

Règle d’or : un champignon orangé ou fauve à vraies lames et sporée rouille ne se mange pas.

Le cortinaire couleur de rocou est-il comestible ? Toxicité et symptômes

Non, il est mortel. La sensibilité à sa toxine varie beaucoup d’une personne à l’autre : toute ingestion est une urgence.

La toxine : l’orellanine

L’orellanine attaque les tubules des reins, les petits canaux qui filtrent l’urine. Elle résiste à la cuisson, à la congélation et au séchage. Elle a été trouvée dans une trentaine d’espèces de Cortinariacées, dont le cortinaire très joli.

Le syndrome orellanien, étape par étape

Phase Délai après le repas Ce qui se passe
1. Latence De 12 heures à plusieurs jours Aucun symptôme. La toxine agit déjà.
2. Premiers signes De 12 heures à 20 jours, 3 jours en moyenne Troubles digestifs inconstants : nausées, vomissements, diarrhée, douleurs au ventre
3. Atteinte des reins Entre 2 et 20 jours Soif intense, bouche sèche et brûlante, douleurs dans le bas du dos, urines abondantes puis rares ; fatigue, fourmillements ou faiblesse musculaire possibles
4. Évolution Semaines à mois Guérison partielle ou insuffisance rénale définitive, avec dialyse à vie ou greffe de rein

Ce délai très long est le grand piège : quand les troubles apparaissent, le malade ne fait plus le lien avec le repas de champignons, et les médecins non plus s’il ne le signale pas.

En France, les chiffres

Selon le bilan de l’Anses pour juillet à décembre 2024, le syndrome orellanien représentait 10 % des intoxications graves par champignons (4 cas sur 41). Trois patients ont gardé une insuffisance rénale chronique ; deux étaient toujours sous dialyse, en attente d’une greffe. Dans trois de ces quatre cas, les personnes pensaient cueillir des chanterelles ; un cortinaire a été formellement identifié dans un cas. Une étude des centres antipoison sur 2013-2022 a recensé 17 cas : les troubles digestifs sont apparus vers le 3e jour, l’insuffisance rénale a été découverte en moyenne vers le 8e jour, 76 % des malades ont été dialysés et 41 % inscrits sur liste de greffe.

Cortinaire couleur de rocou : les confusions dangereuses

Espèce Danger Ce qui la distingue du cortinaire couleur de rocou
Girolle (Cantharellus cibarius) Comestible Pas de vraies lames : des plis épais, fourchus, qui descendent sur le pied · chair blanche à jaune pâle, odeur fruitée · sporée pâle, jamais rouille. C’est la confusion signalée par l’Anses en 2024.
Chanterelle en tube (Craterellus tubaeformis) Comestible Chapeau en entonnoir, brun, creusé au centre · plis grisâtres au lieu de lames · pied jaune, creux
Fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca) Sans intérêt, peut rendre malade Vraies lames mais orange vif, serrées et fourchues, décurrentes · sporée blanche à crème · surtout sous conifères
Hygrophore des prés (Cuphophyllus pratensis) Comestible Pousse dans l’herbe des prairies, pas dans les bois · chapeau orangé lisse, non feutré · lames cireuses crème orangé, nettement décurrentes · sporée blanche
Cortinaire très joli (Cortinarius rubellus) Mortel Chapeau plus conique, à mamelon pointu, brun roux · bracelets jaunes nets sur le pied · sous conifères, dans la mousse. Même toxine : les distinguer ne change rien pour le cueilleur.
Laccaire laqué (Laccaria laccata) Comestible médiocre Lames espacées aussi, mais rose chair · sporée blanche · pied fibreux, tenace
Autres cortinaires fauves et orangés Toxicité souvent inconnue, parfois mortelle Distinction souvent impossible sans microscope : tous sont à rejeter

La règle de sécurité à retenir

Retournez chaque « girolle » : des plis épais qui descendent sur le pied, oui ; de vraies lames rouille, non. Ne ramassez aucun petit champignon orangé ou fauve à lames que vous ne connaissez pas parfaitement, et faites une sporée en cas de doute : brun rouille, rejetez. Ne mélangez jamais des espèces douteuses avec vos champignons comestibles.

Où et quand pousse le cortinaire couleur de rocou ?

Le milieu

Il vit en association avec les racines des arbres, surtout des feuillus : chênes et bouleaux, mais aussi hêtres et charmes, parfois à proximité de pins ou sous conifères. On le trouve en plaine comme en moyenne montagne, malgré son nom de « cortinaire des montagnes ». En Europe, il est surtout signalé en Europe centrale et orientale. En France, il est peu fréquent, mais il est régulièrement signalé, par exemple dans les Charentes, sur le littoral comme à l’intérieur des terres.

Le calendrier

Jan Fév Mar Avr Mai Juin Juil Août Sep Oct Nov Déc
– – – – – rare ● ● ● ● ● ●

Il pousse donc en même temps que les girolles et les chanterelles en tube, ce qui favorise les confusions. Voir aussi : quels champignons ramasser en septembre et en octobre.

Que faire en cas d’ingestion ?

  1. Appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison dès que vous soupçonnez avoir mangé ce cortinaire, même sans aucun symptôme. Une prise en charge dans les premières heures permet de limiter l’absorption de la toxine.
  2. Signalez tout repas de champignons sauvages des trois semaines précédentes si vous ressentez une soif intense, une bouche sèche, des douleurs lombaires ou si vous urinez anormalement. Dites-le aussi à votre médecin.
  3. Ne faites pas vomir la personne et ne lui donnez aucun remède « maison ».
  4. Gardez tout : restes du plat, épluchures, champignons crus, photos de la cueillette. Un mycologue pourra les identifier.
  5. Prévenez tous les convives qui ont partagé le repas, même s’ils vont bien.

À l’hôpital, la fonction des reins est surveillée par des analyses de sang et d’urine. L’orellanine peut être recherchée dans le sang, l’urine ou un fragment de rein prélevé par biopsie. Il n’existe pas d’antidote : le traitement repose sur la réanimation, la dialyse et, en cas d’insuffisance rénale définitive, la greffe de rein. Pour en savoir plus : intoxication aux champignons.

Le saviez-vous ?

  • Un nom de colorant : le rocou est un colorant orangé tiré des graines d’un arbuste tropical, Bixa orellana. L’épithète orellanus et le nom français renvoient à cette couleur. La toxine, l’orellanine, a pris le nom du champignon.
  • L’intoxication de Bydgoszcz : en 1952, dans cette ville de Pologne, 102 personnes sont tombées malades après en avoir mangé ; 11 sont mortes.
  • Une toxine qui brille : l’orellanine est fluorescente sous lumière ultraviolette, ce qui aide les laboratoires à détecter les espèces qui en contiennent.

Questions fréquentes sur le cortinaire couleur de rocou

Comment reconnaître le cortinaire couleur de rocou ?

Chapeau roux orangé à fauve, sec et feutré, de 3 à 8 cm ; lames très espacées, jaune orangé puis brun rouille ; pied jaunâtre à roux, sans anneau ni bulbe ; odeur de rave ; sporée brun rouille. Il pousse surtout sous les chênes et les bouleaux.

Le cortinaire couleur de rocou est-il mortel ?

Oui. Son orellanine détruit les reins. L’intoxication peut laisser une insuffisance rénale définitive ou tuer.

Combien de temps après le repas apparaissent les symptômes ?

De 12 heures à 20 jours, 3 jours en moyenne selon l’Anses. C’est le délai le plus long de toutes les intoxications par champignons.

Quels sont les symptômes ?

Des troubles digestifs, pas toujours présents, puis une soif intense, une bouche sèche et brûlante, des douleurs dans le bas du dos et des urines anormales, signes d’une atteinte des reins.

Quelle quantité est dangereuse ?

Aucune quantité n’est sans danger : la sensibilité varie d’une personne à l’autre. Toute ingestion doit être signalée au 15 ou à un centre antipoison.

La cuisson détruit-elle la toxine ?

Non. L’orellanine résiste à la cuisson, à la congélation et au séchage.

Peut-on le confondre avec une girolle ?

Oui, c’est la confusion la plus souvent en cause. La girolle n’a pas de vraies lames mais des plis épais qui descendent sur le pied, et sa sporée n’est jamais rouille.

Quelle différence avec le cortinaire très joli ?

Le cortinaire très joli a un chapeau plus conique, à mamelon pointu, des bracelets jaunes sur le pied et pousse sous les conifères. Les deux sont mortels et contiennent la même toxine.

Existe-t-il un antidote ?

Non. Le traitement vise à suppléer les reins (dialyse). Certains malades ont besoin d’une greffe de rein.

Pourquoi l’appelle-t-on aussi cortinaire des montagnes ?

C’est l’un de ses noms français usuels. Il est pourtant présent en plaine autant qu’en montagne.

Espèces proches

Sources

Logo les champignons.fr

Amoureux des champignons, cueilleurs occasionnels, tout savoir sur les champignons pour les identifier, savoir lesquels sont comestibles ou dangereux.