Mis à jour le 2 octobre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources
Le psilocybe lancéolé (Psilocybe semilanceata) est un champignon toxique, classé comme stupéfiant en France : il contient de la psilocybine et de la psilocine, qui provoquent le syndrome psilocybien, avec hallucinations, angoisse, accélération du cœur et parfois réactions psychotiques graves. Sa cueillette, sa détention et sa consommation sont interdites. Il fait partie des « petits champignons bruns », un groupe où se mêlent des espèces mortelles, comme la galère marginée ou certains conocybes. Cette fiche a un but de prévention uniquement : comprendre les risques et la loi, et savoir réagir en cas d’ingestion. Elle ne donne volontairement aucun critère d’identification.
⚠️ Urgence
Une personne a mangé de petits champignons bruns et présente une agitation, des hallucinations, une angoisse intense, des palpitations, une confusion ou des convulsions ? Appelez le 15 ou un centre antipoison. Restez auprès d’elle dans un endroit calme, ne la laissez pas seule ni conduire. Si les troubles sont surtout digestifs et apparaissent 6 heures ou plus après l’ingestion, pensez à un champignon mortel (galère, conocybe) : c’est une urgence vitale. Gardez les restes de champignons.
Sommaire
Carte d’identité du psilocybe lancéolé
| Nom scientifique | Psilocybe semilanceata (Fr.) P. Kumm. (1871) |
|---|---|
| Noms courants | Psilocybe lancéolé, psilocybe fer de lance |
| Famille | Hyménogastracées (classée autrefois parmi les Strophariacées) |
| Statut | Toxique · classé comme stupéfiant en France (cueillette, détention, usage interdits) |
| Substances | Psilocybine, psilocine, baeocystine |
| Syndrome | Psilocybien (hallucinogène) : troubles environ 30 minutes après l’ingestion |
Pourquoi ne pas chercher à l’identifier ?
Le psilocybe lancéolé appartient aux « petits champignons bruns », un ensemble d’espèces qui se ressemblent toutes à l’œil nu. Certaines sont mortelles (galères, conocybes, petites lépiotes), d’autres toxiques (inocybes). Même les mycologues ont souvent besoin d’un microscope pour les séparer.
Pour cette raison, et parce qu’il s’agit d’un stupéfiant, cette fiche ne décrit volontairement aucun critère d’identification. La seule règle utile est simple : ne ramassez, ne goûtez et ne consommez aucun petit champignon brun.
Pourquoi le psilocybe lancéolé est-il dangereux ?
Le syndrome psilocybien
Le psilocybe lancéolé contient de la psilocybine et de la psilocine, des substances qui agissent sur le cerveau. Le centre antipoison de Lille décrit ainsi le syndrome psilocybien, provoqué par les psilocybes et les panéoles :
- Délai : environ 30 minutes après l’ingestion ;
- Symptômes : troubles psychiques, dont des hallucinations ;
- Évolution : généralement favorable en 4 à 12 heures ;
- Prise en charge : repos au calme et, si besoin, médicaments sédatifs donnés par un médecin.
L’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA) décrit aussi des troubles physiques : vertiges, nausées, faiblesse musculaire, douleurs abdominales, pupilles dilatées, accélération du cœur et hausse de la tension. Des complications cardiaques rares (troubles du rythme, infarctus) ont été rapportées.
Des risques psychiatriques sérieux
La société MycoFrance signale des réactions paranoïaques, dépressives ou psychotiques aiguës, avec un risque de passage à l’acte, et des réactions psychotiques parfois durables. Drogues Info Service, le service public d’information de Santé publique France, décrit des crises d’angoisse et de panique, une perte de contact avec la réalité, des comportements violents pouvant mener à une hospitalisation, et des « flash-backs » (retours involontaires de perceptions) des semaines ou des mois plus tard. Les réactions sont imprévisibles et varient d’une personne et d’une fois à l’autre.
Le risque d’erreur d’identification
C’est sans doute le danger le plus grave. Selon l’EUDA, les champignons hallucinogènes ressemblent à des espèces non comestibles ou vénéneuses, et l’erreur d’identification expose à une intoxication accidentelle. Des petits champignons bruns mortels poussent dans les mêmes pelouses ou à proximité (voir les confusions).
Le psilocybe lancéolé est-il interdit en France ?
Oui. L’arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants vise les « champignons hallucinogènes, notamment des genres Stropharia, Conocybe et Psilocybe », ainsi que la psilocine et la psilocybine. Ce sont donc les champignons eux-mêmes qui sont classés, et pas seulement leurs substances.
Selon Drogues Info Service, l’usage de stupéfiants est puni par l’article L3421-1 du Code de la santé publique (jusqu’à 1 an d’emprisonnement et 3 750 € d’amende), et le trafic par les articles 222-34 à 222-43 du Code pénal, avec des peines bien plus lourdes. À l’échelle internationale, la psilocybine et la psilocine sont contrôlées par la Convention des Nations unies de 1971 sur les substances psychotropes.
Psilocybe lancéolé : les confusions mortelles
| Espèce | Danger | Pourquoi la confusion est grave |
|---|---|---|
| Galère marginée (Galerina marginata) et autres galères | Mortelles (amatoxines) | Mêmes toxines que l’amanite phalloïde · premiers troubles 6 à 24 heures après l’ingestion, puis atteinte du foie · selon l’EUDA, des personnes qui cherchaient des champignons hallucinogènes se sont intoxiquées par erreur d’identification |
| Conocybes du groupe Pholiotina rugosa (syn. Conocybe filaris) | Mortels (alpha-amanitine) | Petits champignons bruns contenant la toxine de l’amanite phalloïde · fréquents dans les jardins, massifs et paillis |
| Inocybes | Toxiques (muscarine), parfois graves | Sueurs, salivation, troubles digestifs, pouls lent, parfois graves chez les personnes fragiles |
| Cortinaire très joli (Cortinarius rubellus) | Mortel (reins) | Orellanine : destruction des reins, premiers signes de 12 heures à 20 jours après l’ingestion. Une confusion ayant entraîné une insuffisance rénale est rapportée. |
| Panéoles (Panaeolus) | Toxiques | Certains provoquent le même syndrome psilocybien ; tous sont à rejeter |
| Petites lépiotes | Mortelles pour plusieurs | Poussent dans les pelouses et les parcs · amatoxines, comme l’amanite phalloïde |
La règle de sécurité à retenir
Ne ramassez jamais de petits champignons bruns. Ce groupe réunit des espèces mortelles, toxiques et stupéfiantes qui se ressemblent toutes. Aucune application, aucune photo et aucun critère isolé ne permet de les distinguer de façon fiable.
Pelouses et jardins : protéger les enfants
Les pelouses, les prairies et les parcs abritent de nombreux petits champignons bruns, mais aussi des petites lépiotes mortelles, des clitocybes blancs toxiques et des panéoles : surveillez les jeunes enfants et les animaux qui jouent dans l’herbe. Voir aussi : quels champignons ramasser en octobre.
Que faire en cas d’ingestion ?
- Appelez le 15 ou un centre antipoison, surtout si l’espèce n’est pas connue avec certitude, si un enfant est concerné ou si les troubles sont importants (agitation, palpitations, douleur thoracique, convulsions, confusion).
- Restez auprès de la personne, dans un endroit calme et rassurant. Rappelez-lui que ces troubles sont temporaires. Éloignez ce qui pourrait la blesser et ne la laissez ni seule, ni conduire.
- Gardez les restes de champignons (même séchés) et les photos : ils permettront de vérifier qu’il ne s’agit pas d’une espèce mortelle.
- Notez l’heure de l’ingestion et des premiers troubles. Des troubles digestifs survenant 6 heures ou plus après l’ingestion doivent faire penser à un champignon mortel (galère, conocybe, petite lépiote) : c’est une urgence vitale.
- Dites la vérité aux secours sur ce qui a été consommé (champignons, alcool, autres produits) : les soignants sont là pour soigner, et cette information change la prise en charge.
Pour en savoir plus : intoxication aux champignons et les champignons toxiques. Pour parler d’une consommation, la sienne ou celle d’un proche : Drogues Info Service, au 0 800 23 13 13 (appel anonyme et gratuit, tous les jours de 8 h à 2 h).
Le saviez-vous ?
- Un nom de forme : semilanceata signifie « à demi en forme de lance ». Psilocybe vient du grec psilos (lisse, nu) et kubê (tête).
- Une espèce décrite en 1838 par le mycologue suédois Elias Fries, puis placée dans le genre Psilocybe par Paul Kummer en 1871.
- Un classement international : ses substances sont contrôlées par la Convention des Nations unies de 1971, mais le statut légal des champignons eux-mêmes varie d’un pays européen à l’autre, selon l’EUDA.
Questions fréquentes sur le psilocybe lancéolé
Le psilocybe lancéolé est-il toxique ?
Oui. Il provoque le syndrome psilocybien : hallucinations, angoisse, palpitations, parfois réactions psychotiques graves ou durables. Le risque de le confondre avec un petit champignon brun mortel s’y ajoute.
Le psilocybe lancéolé est-il mortel ?
Il n’est pas classé parmi les espèces mortelles, mais des complications cardiaques rares ont été rapportées, et l’état de confusion peut entraîner des comportements dangereux, voire violents. Le risque mortel le plus net vient des confusions avec les galères et certains conocybes.
Est-il légal de cueillir des psilocybes en France ?
Non. Les champignons hallucinogènes, notamment du genre Psilocybe, sont classés comme stupéfiants par l’arrêté du 22 février 1990. Leur cueillette, leur détention et leur consommation sont interdites.
Quels sont les symptômes d’une intoxication ?
Environ 30 minutes après l’ingestion : hallucinations et troubles de la perception, anxiété, nausées, pupilles dilatées, cœur rapide, hausse de la tension. Les troubles régressent en général en 4 à 12 heures, mais des réactions psychiatriques graves sont possibles.
Mon enfant a mangé un petit champignon dans la pelouse : que faire ?
Appelez immédiatement le 15 ou un centre antipoison, gardez le champignon ou ce qu’il en reste, et notez l’heure. Dans une pelouse, il peut s’agir d’une petite lépiote ou d’une autre espèce mortelle.
Peut-on distinguer un psilocybe d’une galère marginée ?
Pas de façon fiable à l’œil nu : c’est précisément ce qui rend ces champignons dangereux. Ne ramassez aucun petit champignon brun et, en cas d’ingestion, appelez le 15 ou un centre antipoison.
Les champignons hallucinogènes séchés sont-ils moins dangereux ?
Non. Le séchage ne détruit pas les toxines des espèces mortelles avec lesquelles ils peuvent être confondus, et les champignons hallucinogènes restent classés comme stupéfiants.
À qui en parler en cas de consommation ?
En urgence, au 15 ou à un centre antipoison. Pour une question ou un soutien, à Drogues Info Service (0 800 23 13 13, anonyme et gratuit) ou à un médecin.
Espèces proches
- Psilocybes et champignons hallucinogènes
- Galère marginée · Inocybes · Cortinaire très joli
- Amanite tue-mouche · Amanite panthère · Les champignons toxiques
Sources
- Arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants, Légifrance (version consolidée publiée par l’ANSM).
- Drogues Info Service (Santé publique France), Champignons hallucinogènes.
- Centre antipoison de Lille, Champignons et principaux syndromes toxiques.
- MycoFrance, Les syndromes des champignons toxiques.
- Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), Champignons hallucinogènes : fiche drogue.
- Conocybe rugosa, Wikipedia (en anglais).