Mise à jour le 27 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources
« Collybie » est un nom français qui regroupe des champignons à lames de taille petite à moyenne, à pied souvent cartilagineux et à sporée blanche ou pâle, poussant sur le bois ou dans la litière. Aucune collybie n’est mortelle, mais presque aucune n’est un bon comestible : la plupart sont médiocres, amères, âcres ou indigestes. Le principal danger vient des sosies : sur le bois mort en hiver, la galère marginée, mortelle, pousse dans les mêmes milieux que la collybie à pied velouté ; au pied des chênes, les touffes de la collybie à pied en fuseau peuvent être prises pour des armillaires ou des hypholomes, et inversement.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.

Sommaire
Qu’est-ce qu’une collybie ?
Le mot vient du grec kollubos, « petite pièce de monnaie », une allusion au chapeau mince et arrondi de ces champignons. Elias Fries a décrit le groupe Collybia en 1821 ; Friedrich Staude l’a élevé au rang de genre en 1857. Fries le définissait par une sporée blanche, une marge du chapeau enroulée vers l’intérieur, un pied cartilagineux et des chapeaux qui pourrissent vite.
Ce grand genre « fourre-tout » a été démembré. Entre 1993 et 1997, les mycologues Vladimír Antonín et Machiel Noordeloos l’ont réparti en plusieurs genres, confirmés ensuite par la biologie moléculaire. Aujourd’hui, le nom français « collybie » désigne des espèces réparties dans au moins cinq familles différentes. Les principaux genres sont :
- Gymnopus (famille des Omphalotacées) : environ 300 espèces, petites à moyennes, brunes à blanches, qui décomposent la litière et le bois. Son espèce type est la collybie à pied en fuseau (Gymnopus fusipes). La collybie des chênes y est aussi rangée.
- Rhodocollybia (Omphalotacées) : une trentaine d’espèces à chapeau souvent assez grand et à sporée crème rosé, comme la collybie beurrée et la collybie maculée.
- Collybia au sens strict : seulement trois minuscules espèces blanches (moins de 2 cm) qui poussent sur les restes pourris d’autres champignons, dont la collybie tubéreuse, qui naît d’un petit sclérote brun rouge.
- Flammulina, Hymenopellis et Strobilurus (Physalacriacées) : la collybie à pied velouté, la collybie radicante et les petites collybies des cônes de conifères.
- Megacollybia : la collybie à lames larges.
Le classement bouge encore : une étude publiée en 2023 a proposé d’élargir de nouveau le genre Collybia en y plaçant d’anciens clitocybes et lépistes, dont le pied bleu. Sur le terrain, retenez surtout que « collybie » est un nom d’usage, pas un groupe naturel.
Comment reconnaître une collybie ?
Il n’existe pas de critère unique. On pense à une collybie devant un champignon qui réunit la plupart de ces caractères :
- Taille petite à moyenne : chapeau de 1 à 10 cm selon les espèces, rarement plus (collybie à lames larges).
- Chapeau convexe puis aplati, souvent lisse, à marge enroulée chez le jeune, sans écailles marquées. Couleurs le plus souvent brunes, rousses, crème ou blanches ; orangé chez la collybie à pied velouté.
- Pied cartilagineux : élastique, fibreux ou coriace, souvent plus foncé vers la base, parfois velouté, poilu, cannelé ou prolongé par une longue racine.
- Lames blanches à crème, attachées au pied, rarement franchement décurrentes (ce qui les distingue des clitocybes).
- Ni anneau, ni volve.
- Sporée blanche, crème rosé chez les Rhodocollybia.
- Mode de vie : sur bois mort, souches, racines, litière de feuilles ou d’aiguilles ; souvent en groupes ou en touffes.
Beaucoup de petites espèces brunes se ressemblent et ne se distinguent qu’au microscope. Les grandes espèces faciles, comme la collybie à pied en fuseau, se reconnaissent en revanche à des détails nets du pied.
Collybies comestibles ou toxiques ?
Aucune collybie n’est classée parmi les champignons mortels. Mais le bilan culinaire du groupe est maigre :
- Comestibles médiocres : la collybie à pied en fuseau (chapeaux très jeunes seulement), la collybie beurrée (jugée très médiocre), la collybie radicante (chapeaux réputés comestibles).
- Comestible reconnu : la collybie à pied velouté, champignon d’hiver dont on consomme les chapeaux cuits.
- À rejeter : la collybie des chênes, qui contient des substances pouvant provoquer des troubles digestifs sérieux ; la collybie à lames larges ; la collybie maculée, amère ; la collybie guêtrée, poivrée et âcre, dont on a mesuré qu’elle libère de l’acide cyanhydrique.
- Vieux exemplaires : les collybies charnues se dégradent vite une fois âgées. Des chapeaux trop vieux, à odeur rance, peuvent provoquer une gastro-entérite.
Le vrai risque est l’erreur d’identification avec un champignon toxique ou mortel du même milieu (voir plus bas). Précautions de l’Anses pour tout champignon sauvage : jamais cru, cuisson de 20 à 30 minutes, 150 à 200 g par adulte et par semaine au maximum, pas aux jeunes enfants.
Les collybies présentées sur le site
| Espèce | Nom scientifique | Critères clés | Milieu | Comestibilité |
|---|---|---|---|---|
| Collybie à pied en fuseau (souchette) | Gymnopus fusipes (ex-Collybia fusipes) | Touffes brun roux, chapeau de 3 à 10 cm taché de rouille, lames espacées, pied renflé en fuseau, profondément cannelé et tordu, prolongé par une racine | Au pied des chênes, parfois des hêtres et châtaigniers, sur racines et souches | Comestible médiocre : chapeaux très jeunes seulement |
Autres collybies de France
| Espèce | Particularités | Statut |
|---|---|---|
| Collybie à pied velouté (Flammulina velutipes) | Chapeau orangé, visqueux, plus foncé au centre ; pied velouté, jaune puis brun noir vers la base ; en touffes sur bois mort ou mourant de feuillus (orme, frêne, hêtre, chêne) ; d’octobre à février, résiste au gel | Comestible bien cuit (chapeaux). Sosie mortel : galère marginée |
| Collybie des chênes (Gymnopus dryophilus) | Chapeau brun roux à ocre de 2 à 6 cm ; lames blanchâtres serrées ; pied mince et lisse ; en arcs ou en ronds dans les bois de chênes et de pins, du printemps à l’automne | À rejeter (troubles digestifs) |
| Collybie beurrée (Rhodocollybia butyracea) | Chapeau mamelonné, souvent bicolore, brun, gras au toucher comme du beurre ; pied fibreux renflé à la base ; feuillus et conifères, d’août à novembre | Très médiocre, à rejeter |
| Collybie maculée (Rhodocollybia maculata) | Chapeau crème taché de roux ; lames serrées se tachant aussi ; saveur amère ; souvent dans la litière de conifères | Inconsommable (amère, coriace) |
| Collybie guêtrée (Gymnopus peronatus, aujourd’hui Collybiopsis peronata) | Chapeau jaunâtre à brun roux de 2 à 6 cm ; base du pied poilue ; saveur douce puis poivrée ; en groupes dans les feuilles mortes, de mai à décembre | Inconsommable (âcre) |
| Collybie à lames larges (Megacollybia platyphylla) | Chapeau brun gris de 2 à 15 cm à fines rayures radiales ; lames blanchâtres très larges et espacées ; longs cordons blancs à la base ; sur bois mort de feuillus, de mai à novembre | À rejeter |
| Collybie radicante (Hymenopellis radicata, ex-Xerula radicata) | Pied prolongé par une longue racine pouvant atteindre 25 cm, qui rejoint un morceau de bois enterré | Chapeaux réputés comestibles, sans intérêt |
| Collybie tubéreuse (Collybia tuberosa) | Minuscule (chapeau jusqu’à 1,5 cm), blanche ; naît d’un petit sclérote brun rouge sur des champignons pourris | Sans intérêt |
Confusions avec d’autres genres
| Genre ou espèce | Danger | Comment le distinguer |
|---|---|---|
| Galère marginée (Galerina marginata) | MORTELLE | Sosie de la collybie à pied velouté sur bois mort : petit anneau fragile · lames et sporée brun rouille · pied fibrilleux, non velouté · odeur de farine |
| Armillaire couleur de miel | Comestible controversé (troubles digestifs) | Grosses touffes sur souches · chapeau jaune miel à petites squames sombres · anneau blanc épais · pied non cannelé |
| Hypholome en touffe | Toxique | Chapeau jaune soufre · lames jaune verdâtre puis noirâtres · chair très amère · sporée brun pourpre |
| Pholiote changeante | Comestible, sosie de la galère | Petit anneau · pied à mèches sous l’anneau · sporée brun rouille |
| Marasme des oréades | Comestible | Dans l’herbe des pelouses et prairies, en ronds · lames très espacées · pied tenace qui se tord sans casser |
| Clitocybes | Plusieurs toxiques (muscarine) | Lames décurrentes, qui descendent sur le pied · chapeau souvent creusé en entonnoir |
| Clitocybe de l’olivier | Toxique | Touffes orange vif au pied des chênes, oliviers ou châtaigniers · lames orange, très décurrentes · chair orangée |
Le réflexe à retenir : sur le bois mort, vérifiez toujours la couleur de la sporée et l’absence d’anneau. Un petit champignon brun à anneau et à sporée brun rouille n’est pas une collybie : c’est peut-être une galère mortelle.
Saison et milieux
Les collybies se rencontrent presque toute l’année. La collybie à lames larges est l’une des premières à sortir, dès la fin du printemps. La collybie à pied en fuseau et la collybie des chênes fructifient de la fin du printemps à la fin de l’automne, surtout après les orages d’été et les pluies de septembre. La collybie guêtrée tapisse les litières de feuilles jusqu’en décembre. La collybie à pied velouté prend le relais en plein hiver, d’octobre à février, sur les troncs et souches de feuillus. Voir aussi : quels champignons ramasser en novembre et le calendrier complet.
Questions fréquentes sur les collybies
Les collybies sont-elles comestibles ?
Quelques-unes seulement, et aucune n’est un grand comestible. La collybie à pied velouté se consomme cuite ; la collybie à pied en fuseau n’est acceptable que très jeune. Les autres sont médiocres, amères, âcres ou indigestes.
Existe-t-il des collybies mortelles ?
Non. Mais la galère marginée, mortelle, pousse sur le même bois mort que la collybie à pied velouté et peut être confondue avec elle. Vérifiez l’anneau et la sporée.
Pourquoi dit-on que la collybie des chênes est toxique ?
Elle a longtemps été citée comme comestible, mais elle contient des substances qui peuvent provoquer des troubles digestifs sérieux chez certaines personnes. On la déconseille aujourd’hui.
Quelle différence entre une collybie et un marasme ?
Les deux groupes sont proches et longtemps mélangés. Sur le terrain, le marasme des oréades pousse dans l’herbe, a des lames très espacées et un pied tenace qui se tord sans casser. Voir les marasmes.
Qu’est-ce que la « souchette » ?
C’est un autre nom de la collybie à pied en fuseau, qui pousse en touffes au pied des chênes.
La collybie à pied velouté est-elle l’enoki du commerce ?
Pas exactement. On les a longtemps considérées comme une seule espèce, mais l’analyse de l’ADN montre que l’enoki cultivé en Asie appartient à une espèce distincte, Flammulina filiformis.
Peut-on manger le pied des collybies ?
Non en pratique : chez la plupart des espèces, il est coriace ou fibreux. On ne garde que les chapeaux jeunes.
Que faire en cas de troubles après un plat de champignons ?
Appelez le 15 ou un centre antipoison sans attendre et gardez les restes. Voir que faire en cas d’intoxication aux champignons.
Voir aussi
- Les marasmes · Les armillaires · Les galerines · Les clitocybes
- Identifier un champignon · Les champignons toxiques · Tous les champignons
Sources
- Collybie, Wikipédia (liste des espèces et noms français).
- Collybia, Gymnopus et Rhodocollybia, Wikipedia (en anglais).
- Gymnopus dryophilus, Collybiopsis peronata, Flammulina velutipes et Hymenopellis radicata, Wikipedia (en anglais).
- Mycobota, Collybia butyracea, collybie beurrée.
- Guide des champignons, Collybie à lames larges.
- Université Lyon 1, Collybia fusipes.
- Anses, Intoxications accidentelles par des champignons, bilan juillet-décembre 2024 (2025).