Mise à jour le 25 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources
La lépiote vénéneuse (Chlorophyllum brunneum, anciennement Macrolepiota venenata) est un champignon toxique : c’est la « fausse coulemelle » la plus souvent ramassée par erreur. Selon l’Anses, elle figure au 3e rang des espèces toxiques identifiées dans les repas ayant provoqué une intoxication en France au second semestre 2024 (12,5 % des cas identifiés). Elle n’est généralement pas mortelle, mais elle provoque des troubles digestifs parfois violents. Pour la reconnaître, cherchez quatre critères : un pied lisse (non chiné), une chair qui rougit vite à la coupe, un gros bulbe à rebord net à la base du pied et un anneau simple mais épais, qui coulisse. Elle pousse presque toujours près de l’homme : composts, fumiers, jardins.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.
Sommaire

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Carte d’identité de la lépiote vénéneuse
| Nom scientifique | Chlorophyllum brunneum (Farl. & Burt) Vellinga |
|---|---|
| Synonymes | Macrolepiota venenata, Macrolepiota brunnea, Lepiota brunnea, Macrolepiota rhacodes var. bohemica, Lepiota bohemica |
| Noms courants | Lépiote vénéneuse, lépiote des jardins, lépiote déguenillée des jardins |
| Famille | Agaricacées (groupe des grandes lépiotes) |
| Comestibilité | Toxique : à ne jamais consommer (toxicité variable selon les personnes) |
| Syndrome | Gastro-intestinal (résinoïdien) : premiers symptômes 30 minutes à 3 heures après le repas |
| Saison | De l’été à l’automne, surtout de juillet à octobre ; possible hors saison sur compost ou en serre |
| Milieu | Composts, fumiers, terreau, décombres, jardins, parcs, serres, bords de routes ; plus rarement en forêt sur sol riche |
| Sol | Très riche en azote, presque toujours enrichi par l’homme |
| Mode de vie | Saprophyte : elle décompose la matière organique, sans lien avec un arbre |
| Fréquence | Fréquente près des habitations ; l’une des espèces les plus impliquées dans les intoxications |
| Taille | Chapeau de 7 à 15 cm ; pied de 6 à 15 cm de haut et 1 à 4 cm d’épaisseur |
| Sporée | Blanche |

Comment reconnaître la lépiote vénéneuse ?
La lépiote vénéneuse a l’allure générale d’une grande lépiote : lames blanches et libres, anneau, pas de volve, sporée blanche. C’est pourquoi on la prend pour une coulemelle. Observez le champignon entier, base du pied comprise, et vérifiez chacun des points suivants.
Le chapeau
Il mesure 7 à 15 cm. Jeune, il est fermé, en boule un peu pointue vers le haut. Il devient ensuite convexe, puis s’étale. Sa surface, blanchâtre, est recouverte d’une cuticule brune qui se rompt en grosses squames ou plaques brun foncé, bien contrastées avec le fond pâle. Au centre, un disque brun et lisse, souvent découpé en étoile. Les squames sont moins nombreuses vers la marge, qui est déchiquetée. Le chapeau est robuste et charnu.
Les lames
Blanchâtres à crème, libres (elles ne touchent pas le pied), serrées et ventrues. Elles prennent des taches brunâtres à rougeâtres avec l’âge ou au froissement.
Le pied
Plutôt court et robuste (6 à 15 cm de haut, 1 à 4 cm d’épaisseur), creux, lisse, blanc puis ocre brunâtre. Il n’a aucune zébrure : c’est la première différence avec la coulemelle. Gratté, il se colore de rouge safran. Sa base forme un gros bulbe abrupt, à rebord net (on dit « marginé »), souvent décentré et enfoui dans le compost ou la terre : déterrez-le toujours.
L’anneau
Il est simple (et non double comme celui de la coulemelle ou de la lépiote déguenillée), mais épais, membraneux, blanc puis brunissant, souvent avec un disque brun sur sa face inférieure. Il coulisse le long du pied, comme celui de la coulemelle : un anneau mobile ne prouve donc rien.
La chair
Épaisse, dense, blanche. À la coupe, elle rougit très vite en orangé rougeâtre, surtout dans le pied, puis brunit. Son odeur est faible, sa saveur douce : ni l’une ni l’autre n’alertent.
Les critères décisifs en 30 secondes
| À vérifier | Lépiote vénéneuse (toxique) | Coulemelle (comestible) |
|---|---|---|
| Pied | Lisse, sans zébrures | Chiné (zébré de brun) |
| Chair à la coupe | Rougit vite (orangé rouge), puis brunit | Reste blanche |
| Base du pied | Gros bulbe à rebord net | Bulbe arrondi, sans rebord |
| Anneau | Simple, épais, coulissant | Double, coulissant |
| Chapeau | 7-15 cm, grosses plaques brun foncé, disque central en étoile | 10-30 cm, squames concentriques, mamelon brun |
| Milieu | Compost, fumier, jardin | Prairies, lisières |
Pied lisse + chair qui rougit = on rejette. Même sans bulbe marginé visible, une grande lépiote au pied lisse et à la chair rougissante ne doit pas finir dans l’assiette d’un cueilleur débutant.
La lépiote vénéneuse est-elle toxique ou mortelle ?
Elle est toxique, mais pas mortelle dans les cas habituels. Sa toxicité est inconstante : certaines personnes la supportent, d’autres sont malades. C’est ce qui entretient l’idée fausse qu’elle serait « comestible pour certains ». Les mycologues la classent parmi les espèces à ne jamais consommer.
- Syndrome : gastro-intestinal, dit « résinoïdien ».
- Délai d’apparition : court, de 30 minutes à 3 heures après le repas (Anses).
- Symptômes : nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales.
- Évolution : le plus souvent favorable en quelques heures, avec une réhydratation. La déshydratation est le principal risque, surtout chez l’enfant et la personne âgée.
En France, au second semestre 2024, l’Anses l’a identifiée dans 12,5 % des cas où un mycologue a pu déterminer l’espèce toxique en cause, juste derrière l’agaric jaunissant et l’entolome livide. Le rapport cite des personnes qui pensaient cueillir des « coulemelles, lépiotes » et ont en réalité ramassé de la lépiote des jardins… mais aussi de l’amanite phalloïde.
Attention au délai. Si des troubles digestifs apparaissent 6 heures ou plus après le repas, ce n’est probablement pas la lépiote vénéneuse : il faut suspecter une espèce mortelle (petite lépiote, amanite phalloïde) et appeler le 15 immédiatement.
Lépiote vénéneuse ou coulemelle : les confusions possibles
| Espèce | Danger | Ce qui la distingue de la lépiote vénéneuse |
|---|---|---|
| Coulemelle (Macrolepiota procera) | Comestible | Pied chiné · chair qui ne rougit pas · bulbe arrondi sans rebord · anneau double · chapeau plus grand (10-30 cm) à mamelon brun · prairies et lisières |
| Lépiote déguenillée (Chlorophyllum rhacodes) | Comestible, parfois mal tolérée | Même pied lisse et même chair rougissante, mais bulbe qui s’évase progressivement, sans rebord · anneau double · mèches du chapeau plus laineuses, retroussées · plutôt sous conifères. Différence délicate : dans le doute, rejetez les deux. |
| Petites lépiotes (Lepiota spp.) | Certaines mortelles | Chapeau inférieur à 10 cm (souvent 2 à 6 cm) · pied fin · anneau fragile ou simple zone floconneuse · pas de gros bulbe |
| Lépiote de Morgan (Chlorophyllum molybdites) | Toxique (troubles digestifs sévères) | Lames qui deviennent vert olive à maturité · sporée verdâtre · espèce tropicale, rare en Europe (serres, pots de fleurs) |
| Jeunes amanites (phalloïde, panthère…) | Toxiques à mortelles | Volve (sac membraneux ou bourrelets) à la base du pied · anneau fixe, en jupe |
Comparatif détaillé : Coulemelle ou lépiote vénéneuse ? Comment les différencier · Lépiote déguenillée ou lépiote vénéneuse ? Comment les différencier
La règle de sécurité à retenir
Toute grande lépiote dont la chair rougit est à rejeter si vous n’êtes pas un cueilleur confirmé. Et toute « coulemelle » trouvée dans un jardin, sur un compost ou un tas de fumier doit faire penser d’abord à la lépiote vénéneuse. Coupez le pied, déterrez le bulbe, cherchez les zébrures : sans pied chiné, ce n’est pas une coulemelle.
Où et quand trouve-t-on la lépiote vénéneuse ?
Le milieu
C’est un champignon des sols très riches en azote. Il pousse sur les tas de compost, les anciennes places à fumier, le terreau, les décombres, dans les jardins, les parcs, les serres, au bord des routes, parfois dans des prairies ou en forêt sur un sol riche. D’où son autre nom : lépiote des jardins.
La saison
| Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| – | – | – | – | – | – | ● | ● | ● | ● | – | – |
Elle sort de l’été à l’automne. Sur un compost en fermentation ou dans une serre, elle peut apparaître en dehors de cette période.
Que faire en cas d’ingestion ?
- Appelez le 15 ou un centre antipoison dès les premiers symptômes, ou même avant si vous avez un doute sur un champignon consommé.
- Notez l’heure du repas et l’heure des premiers symptômes. Le délai oriente le diagnostic : moins de 6 heures évoque un syndrome digestif comme celui de la lépiote vénéneuse ; 6 heures ou plus impose une prise en charge hospitalière urgente.
- Gardez les restes : champignons crus, épluchures, restes du plat, photos. Un mycologue pourra identifier l’espèce.
- Prévenez tous les convives, même ceux qui n’ont pas de symptômes.
Le saviez-vous ?
- Un nom qui a changé plusieurs fois : décrite d’abord dans le genre Lepiota (Lepiota brunnea), puis placée dans Macrolepiota (d’où le nom encore très cherché de Macrolepiota venenata), elle a été rangée dans le genre Chlorophyllum en 2002 par la mycologue Else Vellinga, à la suite d’analyses génétiques.
- Chlorophyllum veut dire « lames vertes » en grec. Le nom vient de la lépiote de Morgan, dont les lames verdissent. Les lames de la lépiote vénéneuse, elles, restent blanchâtres.
- Brunneum signifie « brun » en latin, en référence aux grosses plaques brunes du chapeau.
- Une toxicité en dents de scie : certains cueilleurs affirment l’avoir mangée sans problème. Cela ne prouve rien : sa toxicité varie d’une personne à l’autre, et c’est l’une des espèces qui provoquent chaque année le plus d’intoxications.
Questions fréquentes sur la lépiote vénéneuse
Comment reconnaître une lépiote vénéneuse ?
Pied lisse sans zébrures, chair qui rougit à la coupe, gros bulbe à rebord net à la base du pied, anneau simple mais épais et coulissant, chapeau à grosses plaques brun foncé en étoile. Elle pousse surtout sur les composts, les fumiers et dans les jardins.
La lépiote vénéneuse est-elle mortelle ?
Non, pas dans les cas habituels. Elle provoque des troubles digestifs qui débutent 30 minutes à 3 heures après le repas. Ce sont les petites lépiotes (moins de 10 cm) qui peuvent être mortelles.
Macrolepiota venenata et Chlorophyllum brunneum, est-ce le même champignon ?
Oui. Macrolepiota venenata est un ancien nom de la lépiote vénéneuse. Le nom accepté aujourd’hui est Chlorophyllum brunneum.
Qu’est-ce qu’une « fausse coulemelle » toxique ?
L’expression désigne surtout la lépiote vénéneuse. Elle s’applique aussi parfois à la lépiote de Morgan, toxique mais rare en France. Les petites lépiotes, elles, sont les sosies les plus dangereux, car certaines sont mortelles.
Existe-t-il une coulemelle mortelle ?
Non. La coulemelle est comestible. Les intoxications graves attribuées à des « coulemelles » sont des erreurs d’identification, notamment avec les petites lépiotes ou de jeunes amanites.
La lépiote des jardins est-elle comestible ?
Non. « Lépiote des jardins » est un autre nom de la lépiote vénéneuse. Elle est toxique, même si certaines personnes la tolèrent.
J’ai une grande lépiote dans mon jardin : est-ce une coulemelle ?
Probablement pas. Dans un jardin, sur un compost ou un tas de déchets verts, pensez d’abord à la lépiote vénéneuse. Vérifiez le pied (lisse ou chiné), coupez la chair, déterrez le bulbe et faites contrôler le champignon par un pharmacien ou une association.
Une coulemelle dont la chair rougit est-elle toxique ?
La chair de la coulemelle ne rougit pas. Une chair qui rougit nettement indique le genre Chlorophyllum : lépiote vénéneuse (toxique) ou lépiote déguenillée (comestible mais parfois mal tolérée). La lépiote déguenillée est parfois appelée « coulemelle rougissante ».
La cuisson détruit-elle sa toxicité ?
Aucune source fiable ne permet de l’affirmer. Elle doit être rejetée, cuite ou crue.
Que faire si j’en ai mangé ?
Appelez le 15 ou un centre antipoison, notez l’heure du repas et des symptômes, et gardez les restes. Si les troubles débutent 6 heures ou plus après le repas, c’est une urgence : une espèce mortelle est possible.
Espèces proches
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- Coulemelle · Lépiote déguenillée · Petites lépiotes
- Les champignons toxiques · Intoxication aux champignons
Sources
- Anses, Intoxications accidentelles par des champignons, bilan juillet-décembre 2024 (2025).
- Centre antipoison de Lille, Champignons et principaux syndromes toxiques.
- Chlorophyllum brunneum, Wikipédia.
- CEMA mycologie, Chlorophyllum brunneum, lépiote vénéneuse.
- Champyves, Chlorophyllum rhacodes et C. brunneum, comparatif.
- Association Nature Alsace Bossue, La lépiote vénéneuse et Coulemelle et autres grandes lépiotes.