Mise à jour le 26 septembre 2026 · Rédaction les-champignons.fr · Notre méthode et nos sources
La gyromitre (Gyromitra esculenta), ou « fausse morille », est un champignon toxique potentiellement mortel, crue comme cuite. Sa vente est interdite en France depuis 1991. Elle pousse au printemps, en même temps que les morilles, surtout sous les pins sur sol sableux et en montagne. Trois critères la distinguent d’une vraie morille : un chapeau plissé comme une cervelle, sans alvéoles, de couleur brun rouille à brun rouge ; un pied court et trapu ; et, à la coupe, un intérieur cloisonné en plusieurs cavités au lieu d’une cavité unique.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.
⚠️ Urgence
Les premiers symptômes (grande fatigue, vertiges, maux de tête, douleurs abdominales, vomissements) apparaissent le plus souvent 6 à 12 heures après le repas, parfois entre 2 et 24 heures. Des atteintes neurologiques (convulsions) et du foie peuvent suivre au 2e ou 3e jour. Au moindre trouble après un repas de « morilles » ou de champignons de printemps, appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison, même si les symptômes s’atténuent. Gardez les restes du repas et les épluchures.
Sommaire

Carte d’identité de la gyromitre
| Nom scientifique | Gyromitra esculenta (Pers.) Fr. |
|---|---|
| Noms courants | Gyromitre, gyromitre comestible (nom trompeur), fausse morille |
| Famille | Discinacées (ascomycètes, ordre des Pézizales) |
| Comestibilité | MORTELLE, crue comme cuite ou séchée ; vente interdite en France (décret n° 91-1039 du 7 octobre 1991) |
| Toxine | Gyromitrine, transformée dans l’organisme en monométhylhydrazine |
| Syndrome | Syndrome gyromitrien : digestif et neurologique, parfois hépatique ; latence de 6 à 12 heures en général |
| Saison | Printemps : avril à juin, parfois juillet en altitude |
| Milieu | Forêts de conifères, surtout sous les pins ; lisières, coupes, bords de chemins forestiers ; plus fréquente en montagne |
| Sol | Sableux, acide |
| Taille | Chapeau de 3 à 10 cm de large (parfois plus) ; pied de 2 à 6 cm |
Comment reconnaître une gyromitre ?
Comme les morilles, la gyromitre est un ascomycète : elle n’a ni lames, ni pores, ni anneau, ni volve. C’est la forme de son chapeau et son intérieur qui la trahissent.
Le chapeau
Il mesure en général de 3 à 10 cm de large, souvent plus large que haut, de forme irrégulière et lobée. Sa surface est faite de replis arrondis et sinueux, comme les circonvolutions d’un cerveau. Il n’y a aucune alvéole fermée, aucune côte régulière. Sa couleur varie du brun rouille au brun rouge, parfois brun châtain ou brun bistre ; elle fonce avec l’âge.
Le pied
Court, trapu et épais par rapport au chapeau, blanchâtre, souvent irrégulier et sillonné. Le chapeau y est rattaché de façon irrégulière, en plusieurs points.
L’intérieur
Coupée en deux de haut en bas, la gyromitre montre un intérieur cloisonné : plusieurs cavités irrégulières, séparées par des replis de chair blanchâtre. C’est la différence la plus fiable avec une vraie morille, creuse d’une seule cavité continue.
La chair
Mince, blanche, cassante et cireuse. Son odeur agréable ne doit pas rassurer.
Les critères décisifs en 30 secondes
| À vérifier | Gyromitre (mortelle) | Vraie morille (comestible bien cuite) |
|---|---|---|
| Surface du chapeau | Replis en cervelle, sans alvéoles | Alvéoles (nid d’abeilles) séparées par des côtes |
| Coupe dans la longueur | Plusieurs cavités irrégulières | Une seule cavité, du sommet à la base |
| Couleur | Brun rouille à brun rouge | Blond, gris, brun à noirâtre |
| Pied | Court, trapu, irrégulier | Blanc crème, granuleux, souvent renflé à la base |
| Milieu | Pins, sols sableux acides | Frênes, vergers, sols calcaires (ou conifères de montagne pour les morilles noires) |
Un seul critère de gyromitre suffit à rejeter le champignon. En cas de doute, ne gardez pas l’exemplaire avec les morilles.
La gyromitre est-elle comestible ? Toxicité et symptômes
Non. Malgré son nom latin (esculenta signifie « comestible ») et une consommation traditionnelle dans certains pays, la gyromitre est un champignon toxique, potentiellement mortel.
La toxine
Elle contient de la gyromitrine, qui se transforme dans l’organisme en monométhylhydrazine, un composé apparenté à un carburant de fusée. Cette substance bloque l’action de la vitamine B6 et perturbe le fonctionnement du système nerveux et du foie. La cuisson et le séchage en éliminent une partie, mais jamais la totalité : des intoxications et des décès sont survenus après des préparations censées la « détoxifier ». Les repas répétés augmentent encore le risque. La monométhylhydrazine et la gyromitrine se sont révélées cancérogènes chez l’animal.
Le syndrome gyromitrien
- Délai : 6 à 12 heures en général (de 2 à 24 heures), début brutal.
- Premiers signes : grande fatigue, vertiges, maux de tête, douleurs abdominales, nausées, vomissements, parfois diarrhée.
- Évolution : les troubles durent 1 à 2 jours (parfois une semaine) puis régressent dans les formes bénignes.
- Formes graves : troubles neurologiques (convulsions, coma), troubles métaboliques (baisse du sucre dans le sang, acidose) et atteinte du foie, qui apparaît au 2e ou 3e jour et peut être sévère. L’issue peut être mortelle en quelques jours.
Un risque à long terme discuté
Une étude franco-américaine publiée en 2021 a décrit un foyer de sclérose latérale amyotrophique (maladie de Charcot) dans un hameau de Savoie, chez des habitants qui consommaient régulièrement des gyromitres. Le lien de cause à effet n’est pas démontré, mais il renforce la consigne : ne jamais en manger, sous aucune forme.
Gyromitre ou morille : les confusions
| Espèce | Comestibilité | Ce qui la distingue de la gyromitre |
|---|---|---|
| Morille commune (Morchella esculenta) | Comestible bien cuite ; toxique crue | Chapeau arrondi fait d’alvéoles · côtes pâles · une seule cavité à la coupe · sous frênes et arbres fruitiers, sol calcaire |
| Morille conique (groupe elata) | Comestible bien cuite ; toxique crue | Chapeau conique aux côtes verticales qui noircissent · alvéoles allongées · une seule cavité · pousse parfois sous les conifères de montagne, comme la gyromitre |
| Fausse morille géante (Gyromitra gigas) | Toxique ; vente interdite en France | Gyromitre plus massive et plus pâle, surtout en montagne à la fonte des neiges : à rejeter également |
| Gyromitre en turban (Gyromitra infula) | Toxique | Chapeau en forme de selle ou de turban · pousse en automne |
| Helvelle crépue (Helvella crispa) | Toxique crue, déconseillée | Chapeau blanc crème en selle, lisse · pied blanc profondément côtelé et troué · fin d’été à automne |
Comparatif détaillé : Morille ou gyromitre ? Comment les différencier
La règle de sécurité à retenir
Pas d’alvéoles, pas de morille. Pas de cavité unique, pas de morille. Coupez chaque exemplaire en deux dans la longueur au moment de la cueillette. Une gyromitre trouvée dans le panier impose de jeter les morceaux qui ont pu s’y mêler et de vous laver les mains.
Où et quand pousse la gyromitre ?
Le milieu
La gyromitre vit surtout dans les forêts de conifères, en particulier sous les pins, sur des sols sableux et acides. Elle apprécie les terrains perturbés : coupes forestières, lisières, bords de chemins et de routes forestières. Elle est plus abondante en montagne et dans les régions froides ; en France, elle est notamment connue dans les Alpes et le Massif central (plateau de Millevaches). Elle peut sortir juste après la fonte des neiges.
La saison
| Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| – | – | rare | ●● | ●●● | ●● | altitude | – | – | – | – | – |
Sa saison chevauche celle des morilles : c’est précisément ce qui la rend dangereuse. Voir aussi : quand ramasser des champignons.
Que faire en cas d’ingestion ?
- Appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison, dès les premiers symptômes, ou même sans symptôme si vous soupçonnez d’avoir mangé une gyromitre.
- N’attendez pas que les troubles s’aggravent, et ne vous fiez pas à une amélioration : l’atteinte du foie peut apparaître au 2e ou 3e jour.
- Ne prenez aucun remède de votre propre initiative (lait, vomissements provoqués…).
- Gardez les restes du repas, les épluchures et, si possible, des exemplaires crus, et prenez-les en photo : ils aideront à identifier l’espèce.
- Prévenez toutes les personnes qui ont partagé le repas, même si elles vont bien.
Le traitement se fait à l’hôpital. Plus il est précoce, meilleures sont les chances de guérison. Voir que faire en cas d’intoxication aux champignons.
Le saviez-vous ?
- Un nom trompeur : esculenta signifie « comestible » en latin. Gyromitra vient du grec gyros, « rond », et mitra, « bandeau » ou « coiffe », pour son chapeau enroulé.
- Interdite depuis 1991 : en France, le décret du 7 octobre 1991 interdit la vente des gyromitres sous toutes leurs formes, fraîches, cuites ou séchées. L’Allemagne et la Suisse en interdisent aussi la vente.
- Une tradition nordique : en Finlande, la gyromitre est encore vendue, avec des avertissements obligatoires sur la façon de la préparer ; l’autorité alimentaire finlandaise ne la considère pourtant plus comme comestible.
- Une toxine de carburant : la monométhylhydrazine, produite dans l’organisme à partir de la gyromitrine, est aussi un ergol utilisé dans la propulsion spatiale.
Questions fréquentes sur la gyromitre
La fausse morille est-elle mortelle ?
Oui, elle peut l’être. La gyromitre provoque un syndrome digestif, neurologique et parfois hépatique grave. Des décès ont été rapportés, y compris après cuisson.
Peut-on manger une gyromitre bien cuite ou séchée ?
Non. La cuisson et le séchage n’éliminent qu’une partie de la toxine. Aucune préparation ne rend la gyromitre sûre.
Comment reconnaître une fausse morille ?
Son chapeau brun rouge est plissé comme une cervelle, sans alvéoles, et son intérieur est cloisonné en plusieurs cavités. Une vraie morille a des alvéoles et une seule cavité.
Pourquoi la gyromitre est-elle interdite à la vente ?
À cause de sa toxicité prouvée, même après cuisson. Le décret du 7 octobre 1991 en interdit la vente en France sous toutes ses formes.
Quels sont les symptômes d’une intoxication par la gyromitre ?
Fatigue intense, vertiges, maux de tête, douleurs abdominales, vomissements, 6 à 12 heures après le repas en général ; dans les formes graves, convulsions, coma et atteinte du foie au 2e ou 3e jour.
Où pousse la gyromitre ?
Au printemps, sous les pins, sur sol sableux et acide, surtout en montagne, souvent dans les coupes et au bord des chemins forestiers.
La gyromitre ressemble-t-elle aux morilles noires ?
Elle pousse parfois dans les mêmes forêts de montagne et au même moment que les morilles coniques. Mais la morille conique a des côtes verticales et des alvéoles, et une seule cavité à la coupe.
Qu’est-ce que la gyromitre géante ?
Gyromitra gigas, ou fausse morille géante, est une espèce proche, plus massive, qui pousse en montagne à la fonte des neiges. Elle est aussi toxique et interdite à la vente en France.
Que faire si j’ai un doute après un repas de morilles ?
Appelez le 15 ou un centre antipoison sans attendre, en précisant l’heure du repas, et gardez les restes.
Espèces proches
- Toutes les morilles et ascomycètes de printemps
- Morille commune · Morille conique · Helvelle crépue
- Les champignons mortels · Les champignons toxiques · Intoxication aux champignons
Sources
- Anses, Intoxications accidentelles par des champignons, bilan juillet-décembre 2024 (2025) : recommandations générales.
- Société mycologique du Limousin, Le ou la Gyromitre (Gyromitra esculenta), fausse morille mortelle.
- Gyromitra esculenta, Intoxication par les champignons et Gyromitra gigas, Wikipédia ; Gyromitra esculenta, Wikipedia (en anglais).
- Aujardin.info, Gyromitre.