Mise à jour le 27 septembre 2026 · Rédaction les-champignons.fr · Notre méthode et nos sources
L’inocybe de Patouillard (Inosperma erubescens, anciennement Inocybe patouillardii) est un champignon très toxique, potentiellement mortel : il contient de fortes doses de muscarine. Il pousse au printemps et au début de l’été, surtout sous les hêtres, sur sol calcaire, au moment où l’on cherche le mousseron de la Saint-Georges, avec lequel il est confondu. Quatre signes doivent alerter : un chapeau conique et fibreux, à marge fendillée, des taches rouge brique qui apparaissent au frottement ou avec l’âge, des lames qui brunissent et l’absence d’odeur de farine.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.
⚠️ Urgence
Les premiers signes surviennent vite, de 15 minutes à 2 heures après le repas : sueurs abondantes, salivation, larmes, pupilles rétrécies, pouls lent, troubles digestifs. Appelez immédiatement le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison. Il existe un traitement hospitalier efficace, l’atropine : chaque minute compte. Gardez les restes du repas et les épluchures.
Sommaire

Carte d’identité de l’inocybe de Patouillard
| Nom scientifique | Inosperma erubescens (A. Blytt) Matheny & Esteve-Rav. (depuis 2019) |
|---|---|
| Synonymes | Inocybe erubescens A. Blytt, Inocybe patouillardii Bres., Inocybe lateraria, Inocybe trinii var. rubescens |
| Noms courants | Inocybe de Patouillard, inocybe rouge brique, inocybe de printemps |
| Famille | Inocybacées (voir les inocybes) |
| Comestibilité | Très toxique, potentiellement mortel |
| Syndrome | Muscarinien (ou sudorien), d’apparition rapide |
| Saison | D’avril-mai à l’été, parfois jusqu’en septembre |
| Milieu | Bois clairs de feuillus, surtout hêtraies ; clairières, lisières, bords de chemins, parcs |
| Sol | Calcaire |
| Mode de vie | Mycorhizien : il vit associé aux racines des arbres |
| Fréquence | Présent en Europe, surtout dans le sud ; le plus fréquent dans les hêtraies sur calcaire |
| Taille | Chapeau de 3 à 8 cm ; pied de 3 à 10 cm |
| Sporée | Brune |
Comment reconnaître l’inocybe de Patouillard ?
C’est un inocybe assez charnu, de taille moyenne, pâle quand il est jeune. Son caractère le plus parlant est son rougissement : chapeau, lames et pied se tachent de rouge brique ou de rouge vermillon, au frottement, avec l’âge ou après la cueillette. Un exemplaire très jeune peut toutefois être encore entièrement blanc.
Le chapeau
Il mesure de 3 à 8 cm. D’abord conique, il devient campanulé (en cloche) puis s’étale, en gardant un mamelon central. Sa surface est fibrilleuse : elle est parcourue de fines fibres rayonnantes, et non lisse et mate comme celle du mousseron. La marge est irrégulière et souvent fendillée. Sa couleur va du blanc au jaune paille ou à l’ocre pâle, puis se marque de taches et de traînées rouges.
Les lames
Assez serrées, presque libres ou échancrées près du pied selon les descriptions. D’abord blanches, elles deviennent gris rosâtre puis ocre à brun olivâtre avec la maturation des spores, et se tachent de rouge au frottement. Elles ne restent jamais blanches.
Le pied
De 3 à 10 cm, plein, cylindrique et strié dans sa longueur, blanc, puis taché de rouge rosé. Il est souvent profondément enfoncé dans le sol. Pas d’anneau : chez le jeune, une cortine (voile en fils d’araignée) très fugace relie parfois la marge au pied. Pas de volve.
La chair et l’odeur
La chair est blanche, ferme et fibreuse ; elle rosit légèrement, surtout dans le pied et avec l’âge. L’odeur est fruitée, faible puis plus forte, devenant plutôt terreuse chez les vieux exemplaires. Elle ne sent jamais la farine, contrairement au mousseron de la Saint-Georges. Ne goûtez jamais ce champignon.
La sporée
Elle est brune, comme chez tous les inocybes. C’est un moyen simple de le séparer du mousseron, dont la sporée est blanche : posez un chapeau sur une feuille blanche quelques heures.
Les critères décisifs en 30 secondes
| À vérifier | Inocybe de Patouillard | Mousseron de la Saint-Georges (comestible) |
|---|---|---|
| Forme du chapeau | Conique puis en cloche, mamelonné | Globuleux puis convexe, bosselé, massif |
| Surface du chapeau | Fibreuse, marge fendillée | Mate, finement veloutée, marge enroulée |
| Taches | Rouge brique au frottement ou avec l’âge | Ne rougit jamais |
| Lames | Blanches puis brunes, tachées de rouge | Blanches à crème, très serrées, restent claires |
| Odeur | Fruitée puis terreuse, pas de farine | Forte odeur de farine fraîche |
| Sporée | Brune | Blanche |
| Milieu | Sous-bois clair, surtout sous les hêtres | Herbe : prairies, vergers, haies |
Un seul de ces signes (rougissement, lames brunes, absence d’odeur de farine) suffit à rejeter le champignon.
L’inocybe de Patouillard est-il mortel ? Toxines et symptômes
Oui, il peut l’être. C’est l’un des champignons les plus riches en muscarine, une toxine qui stimule le système nerveux parasympathique : celui qui commande les sécrétions (sueur, salive, larmes) et ralentit le cœur. Les sources le qualifient d’« extrêmement toxique ». Il ne se consomme sous aucune forme : la cuisson ne le rend pas comestible.
Le syndrome muscarinien
- Délai : court. Selon le centre antipoison de Lille, les signes apparaissent de 15 minutes à 2 heures après le repas, parfois dès la première demi-heure.
- Symptômes : transpiration abondante (d’où le nom de syndrome sudorien), salivation, larmoiement, écoulement nasal, pupilles rétrécies, ralentissement du cœur et chute de tension, nausées, vomissements, diarrhée, parfois difficultés respiratoires.
- Évolution : dans les formes sévères, sans traitement rapide, l’intoxication peut conduire aux convulsions et à la mort. Un décès a été rapporté dans le Surrey, en Angleterre, en 1937.
- Traitement : à l’hôpital, réhydratation et, si besoin, atropine, antidote de la muscarine. Ce traitement n’est donné que par un médecin.
La même toxine est présente dans d’autres inocybes et dans les petits clitocybes blancs, comme le clitocybe blanchi. Voir aussi intoxication aux champignons et les champignons mortels.
Les confusions dangereuses
Les confusions concernent surtout les champignons blancs ou pâles de printemps. La liste des champignons comestibles établie d’après l’avis de l’Anses signale ce risque de confusion pour le mousseron de la Saint-Georges, l’entolome en bouclier et l’entolome d’avril.
| Espèce confondue | Statut | Ce qui la distingue de l’inocybe de Patouillard |
|---|---|---|
| Tricholome de la Saint-Georges (Calocybe gambosa, mousseron de printemps) | Comestible | Trapu et charnu · chapeau velouté, marge enroulée · ne rougit jamais · lames blanches très serrées · forte odeur de farine · sporée blanche · pousse dans l’herbe, souvent en ronds |
| Entolome en bouclier (Entoloma clypeatum) | Comestible bien cuit (liste Anses), toxique cru | Chapeau brun gris à mamelon · lames qui deviennent roses · sporée rose · sous les aubépines, pruniers et pommiers |
| Entolome d’avril (Entoloma aprile) et autres entolomes de printemps | L’entolome d’avril figure sur la liste Anses (bien cuit) ; les autres entolomes de printemps sont à éviter | Comme tous les entolomes : lames qui deviennent roses et sporée rose |
| Agarics (rosé des prés…) | Selon l’espèce | Anneau membraneux · lames roses puis brun chocolat · sporée brun pourpre |
| Pholiote ridée (Cortinarius caperatus) | Comestible | Anneau membraneux · sporée brun rouille |
| Tricholome terreux (Tricholoma terreum) | Comestible | Chapeau gris feutré · lames blanches à grisâtres · sporée blanche · sous les pins, en automne. Une confusion a été rapportée en Israël |
| Autres inocybes | Toxiques | Même silhouette conique et fibreuse, lames brunes : tous à rejeter |
La règle de sécurité à retenir
Un « mousseron » qui rougit, dont le chapeau est conique et fibreux, dont les lames brunissent ou qui ne sent pas la farine est à jeter. Vérifiez chaque exemplaire, pas seulement le premier du panier, et faites une sporée en cas de doute : brune, c’est un inocybe. Le mousseron pousse surtout dans l’herbe : un champignon blanc trouvé dans la litière d’une hêtraie doit éveiller votre méfiance.
Où et quand rencontre-t-on l’inocybe de Patouillard ?
Le milieu
Il pousse sur le sol, parmi les feuilles mortes, dans les bois aérés de feuillus, surtout sous les hêtres, mais aussi sous d’autres feuillus et, plus rarement, sous les pins. On le trouve dans les clairières, les lisières, au bord des chemins forestiers et dans les parcs. Il préfère nettement les sols calcaires. Il est répandu en Europe, surtout dans le sud, et a aussi été signalé en Turquie et en Israël.
La saison
| Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| – | – | – | rare | ●● | ●●● | ●● | ● | rare | – | – | – |
Selon les sources, il apparaît dès avril ou mai et se maintient jusqu’au milieu ou à la fin de l’été, parfois jusqu’en septembre. Sa saison chevauche donc celle du mousseron de la Saint-Georges (avril à juin), ce qui explique les intoxications. Voir aussi : quand ramasser des champignons.
Que faire en cas d’ingestion ?
- Appelez le 15 (ou le 112) ou un centre antipoison dès les premiers signes (sueurs, salivation, larmes, malaise, troubles digestifs), même s’ils semblent légers. Précisez que vous avez mangé des champignons et à quelle heure.
- Ne faites pas vomir et ne prenez aucun médicament de votre propre initiative.
- Prévenez les autres convives : toutes les personnes ayant partagé le plat doivent être examinées, même sans symptôme.
- Gardez les restes du repas, les épluchures et les champignons crus restants, ou à défaut une photo : ils permettront d’identifier l’espèce.
Une intoxication qui débute plus de 6 heures après le repas n’évoque pas l’inocybe mais d’autres champignons, parfois mortels (amanite phalloïde, galère marginée…) : elle impose aussi un appel immédiat. Voir que faire en cas d’intoxication aux champignons.
Le saviez-vous ?
- Un nom qui rougit : l’épithète latine erubescens signifie « qui rougit », en référence aux taches rouges du champignon.
- Décrit deux fois la même année : le Norvégien Axel Blytt l’a nommé Inocybe erubescens (description rédigée en 1904, publiée en 1905), et l’Italien Giacomo Bresadola, indépendamment, Inocybe patouillardii en 1905.
- Un hommage à un pharmacien : Bresadola l’a dédié à Narcisse Théophile Patouillard (1854-1926), pharmacien et grand mycologue français.
- Un changement de genre : en 2019, une étude génétique a montré que les inocybes formaient plusieurs lignées. L’espèce a rejoint le genre Inosperma.
Questions fréquentes sur l’inocybe de Patouillard
L’inocybe de Patouillard est-il mortel ?
Il peut l’être : il contient de fortes doses de muscarine et un décès a été rapporté. Appelez le 15 dès les premiers symptômes.
Comment reconnaître l’inocybe de Patouillard ?
Chapeau conique puis en cloche, fibreux, blanc à jaune paille, à marge fendillée ; taches rouge brique au frottement ou avec l’âge ; lames qui passent du blanc au brun ; pied blanc strié sans anneau ; sporée brune ; pas d’odeur de farine.
Comment le différencier du mousseron de la Saint-Georges ?
Le mousseron est trapu, velouté, ne rougit jamais, garde des lames blanches, sent fortement la farine et pousse dans l’herbe. L’inocybe est conique, fibreux, rougit, a des lames qui brunissent et pousse surtout sous les hêtres.
Quels sont les symptômes d’une intoxication ?
Sueurs abondantes, salivation, larmes, pupilles serrées, pouls lent, chute de tension, nausées, vomissements et diarrhée, de 15 minutes à 2 heures après le repas.
La cuisson détruit-elle la toxine ?
Non. L’inocybe de Patouillard reste toxique cuit. Il ne doit jamais être consommé.
Où pousse l’inocybe de Patouillard ?
Dans les bois clairs de feuillus, surtout les hêtraies, les clairières, les lisières et les parcs, sur sol calcaire.
Quand pousse-t-il ?
Du printemps (avril-mai) à l’été, parfois jusqu’en septembre.
Pourquoi l’appelle-t-on inocybe rouge brique ?
Parce que ses tissus se tachent de rouge brique au frottement et en vieillissant.
Existe-t-il un antidote ?
Oui : l’atropine, administrée à l’hôpital par un médecin dans les formes sévères. N’essayez aucun remède à la maison.
Espèces proches
- Tous les inocybes
- Tricholome de la Saint-Georges · Les entolomes · Clitocybe blanchi
- Les champignons toxiques · Les champignons mortels · Les confusions dangereuses
Sources
- Anses / DGCCRF, Liste de champignons de culture et sauvages comestibles (avis de l’Anses du 4 avril 2017).
- Centre antipoison de Lille, Champignons et principaux syndromes toxiques.
- Vapko (association suisse des organes officiels de contrôle des champignons), L’inocybe rouge brique n’est pas si innocent que ça.
- Carpophore.ch, Inocybe de Patouillard.
- Aujardin.info, Inocybe de Patouillard.
- Inocybe erubescens et Syndrome muscarinien, Wikipédia ; Inosperma erubescens, Wikipedia (en anglais).