Mise à jour le 25 septembre 2026 · Par Mathieu · Notre méthode et nos sources
Le clitocybe nébuleux (Clitocybe nebularis), ou petit-gris des sapins, n’est plus considéré comme comestible : il est aujourd’hui classé non comestible, voire toxique, en France, en Suisse et en Italie, et il est déconseillé en Allemagne et en Autriche. Longtemps consommé, notamment dans le Jura, il provoque des troubles digestifs chez une partie des consommateurs et contient de la nébularine, une molécule résistante à la cuisson dont on ne peut exclure les effets à long terme. On le reconnaît à son grand chapeau gris cendré (5 à 20 cm), ses lames crème, très serrées et un peu décurrentes, son pied en massue et son odeur forte. Attention à son sosie, l’entolome livide, toxique.
⚠️ Avant de consommer
Ne mangez jamais un champignon identifié uniquement grâce à une fiche en ligne, une photo ou une application. Faites contrôler votre cueillette par un pharmacien ou une association mycologique. En cas de troubles après un repas de champignons, appelez le 15 ou un centre antipoison.
Sommaire

Carte d’identité du clitocybe nébuleux
| Nom scientifique | Clitocybe nebularis (Batsch) P. Kumm. (1871) |
|---|---|
| Synonymes | Agaricus nebularis Batsch (1789), Lepista nebularis (nom proposé en 1974, peu suivi), Gymnopus nebularis, Clitocybe alba |
| Noms courants | Clitocybe nébuleux, petit-gris des sapins, gris de sapin, grisette |
| Famille | Clitocybacées ; espèce type du genre Clitocybe |
| Comestibilité | Non comestible (déconseillé ; classé vénéneux en France) |
| Syndrome | Gastro-intestinal |
| Saison | De septembre à décembre (parfois dès août) ; résiste aux premières gelées |
| Milieu | Hêtraies, pessières, chênaies-charmaies riches en humus ; sous feuillus et conifères |
| Sol | Frais, riche en azote, souvent argileux ; évite les sols sableux et marécageux |
| Mode de vie | Saprophyte de la litière, en troupes, en lignes ou en ronds de sorcière |
| Fréquence | Commun |
| Taille | Chapeau de 5 à 20 cm ; pied de 5 à 10 cm de haut, 2 à 4 cm d’épaisseur |
| Sporée | Crème à jaunâtre pâle |
Comment reconnaître le clitocybe nébuleux ?
C’est un grand champignon charnu, gris, sans anneau ni volve, qui pousse en nombre dans les bois en fin d’automne. Son odeur forte est souvent le premier indice.
Le chapeau
Il mesure 5 à 20 cm. Convexe, il s’aplatit ensuite avec une légère dépression centrale, parfois avec un petit mamelon. Sa couleur rappelle un ciel couvert : gris clair à gris cendré, parfois gris-brun, plus foncé au centre. La surface est lisse, souvent recouverte d’une fine pruine blanchâtre, comme givrée. La marge reste longtemps enroulée. Une forme entièrement blanche existe (Clitocybe nebularis f. alba).
Les lames
Crème pâle à jaunâtre, minces, très serrées, un peu décurrentes (elles descendent légèrement sur le pied). Elles se détachent facilement de la chair du chapeau quand on les gratte. Ces deux derniers points la distinguent de l’entolome livide.
Le pied
Robuste, 5 à 10 cm de haut et 2 à 4 cm d’épaisseur, blanc à grisâtre, plus pâle que le chapeau, en massue : il s’élargit vers la base. Il n’a ni anneau, ni volve.
La chair
Épaisse, blanche à beige pâle, d’aspect un peu aqueux. L’odeur est forte et désagréable pour la plupart des gens, comparée à celle des pleurotes, d’un poulailler ou d’un fromage. Une étude y a identifié 28 composés aux notes terreuses, fongiques, fromagères, et même de rose ou d’amande amère. La saveur est douce.
Les critères décisifs en 30 secondes
| À vérifier | Clitocybe nébuleux | Entolome livide (toxique) |
|---|---|---|
| Couleur des lames | Crème pâle à jaunâtre, jamais roses | Jaunâtres chez le jeune, puis roses |
| Insertion des lames | Un peu décurrentes | Échancrées, jamais décurrentes |
| Lames grattées | Se détachent facilement | Ne se détachent pas |
| Sporée | Crème à jaunâtre pâle | Rose |
| Odeur | Forte, désagréable | De farine, plutôt agréable |
Un seul critère divergent suffit à rejeter le champignon. Et même bien identifié, le clitocybe nébuleux ne se consomme plus.
Le clitocybe nébuleux est-il comestible ou toxique ?
Son statut a changé. Longtemps récolté, notamment dans le Jura, en Franche-Comté et en Suisse sous le nom de « gris de sapin », il est aujourd’hui déconseillé partout en Europe occidentale :
- Suisse : la VAPKO, association officielle des contrôleurs de champignons, l’a déclaré non comestible en 2017, décision confirmée en 2023.
- France et Italie : il est classé comme vénéneux ou impropre à la consommation.
- Allemagne : il figure parmi les champignons suspectés d’effets cancérogènes.
- Autriche et pays nordiques : sa consommation est déconseillée.
Premier problème : les troubles digestifs
Une partie des consommateurs présente une gastro-entérite : nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, maux de tête, bouche sèche. Les signes apparaissent de 15 minutes à 4 heures après le repas et disparaissent en général en deux jours. Les cas sévères peuvent entraîner une déshydratation, des crampes et un malaise circulatoire. Souvent, seuls certains convives sont touchés, et des consommateurs réguliers n’avaient jamais eu de problème. Plusieurs explications sont avancées, sans certitude : cuisson insuffisante, exemplaires trop vieux ou parasités, intolérance individuelle, variations de la teneur en toxines. Sa richesse en mannitol, un sucre laxatif, pourrait aussi jouer.
Second problème : la nébularine
Le clitocybe nébuleux contient environ 20 mg/kg de nébularine, une molécule proche de l’adénosine, un constituant de l’ARN. Elle résiste à la cuisson. Elle peut perturber le métabolisme cellulaire et inhibe une enzyme présente dans certaines cellules immunitaires. Elle s’est montrée cytotoxique sur des cellules cancéreuses en laboratoire. Aucune étude n’a démontré d’effet cancérogène chez l’homme, mais on ne peut pas l’exclure : c’est ce principe de précaution qui a motivé le changement de statut.
Notre avis : ne le consommez pas, même bien cuit et en petite quantité. Les recettes et méthodes de « détoxication » (blanchiments répétés, vinaigre, séchage) ne sont pas validées, et la cuisson n’élimine pas la nébularine.
Clitocybe nébuleux : les confusions dangereuses
| Espèce | Statut | Ce qui la distingue du clitocybe nébuleux |
|---|---|---|
| Entolome livide (Entoloma sinuatum) | Toxique, l’une des espèces les plus souvent en cause dans les intoxications en France | Lames jaune beurre chez le jeune, puis roses, échancrées, jamais décurrentes, qui ne se détachent pas · sporée rose · odeur de farine |
| Meunier (Clitopilus prunulus) | Comestible | Plus petit · chapeau blanc-gris · chair très fragile · forte odeur de farine · sporée rose |
| Hygrophore à odeur agréable (Hygrophorus agathosmus) | – | Lames blanches, décurrentes mais espacées · odeur d’amande amère |
| Clitocybe robusta | – | Ressemble à la forme blanche du clitocybe nébuleux · seule la sporée blanche les sépare |
La règle de sécurité à retenir
Un grand champignon gris des bois d’automne n’est jamais à consommer. S’il a des lames roses ou échancrées, c’est peut-être l’entolome livide, toxique ; s’il a des lames crème décurrentes et une odeur forte, c’est le clitocybe nébuleux, déconseillé. Dans les deux cas, il reste dans la forêt.
Où et quand trouve-t-on le clitocybe nébuleux ?
Le milieu
C’est un saprophyte de la litière forestière. Il préfère les hêtraies riches en humus, les pessières (forêts d’épicéas) et les chênaies-charmaies, sur des sols frais, riches en azote, souvent argileux. Il évite les sols sableux, graveleux et marécageux. Il pousse en groupes nombreux, en lignes ou en ronds de sorcière, souvent à proximité du pied bleu, qui aime les mêmes milieux.
Il est commun dans tout l’hémisphère Nord, dont la France.
Le calendrier
| Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sep | Oct | Nov | Déc |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| – | – | – | – | – | – | – | rare | ● | ●●● | ●●● | ● |
C’est une espèce de fin de saison, qui supporte les premières gelées. Voir aussi : quels champignons ramasser en novembre.
Que faire en cas de troubles ?
- Appelez un centre antipoison dès l’apparition de nausées, vomissements ou diarrhée, ou le 15 en cas de malaise, de signes de déshydratation, ou pour un enfant, une personne âgée ou fragile.
- Ne supposez pas qu’il s’agit « seulement » du clitocybe nébuleux : une confusion avec l’entolome livide ou le mélange avec une autre espèce est possible.
- Gardez les restes du repas et les champignons non cuisinés, et prenez-les en photo.
- Prévenez tous les convives ayant mangé du même plat.
En savoir plus : intoxication aux champignons.
Le saviez-vous ?
- Un nom de nuage : nebularis vient du latin nebula, « nuage, brouillard », pour sa couleur de ciel gris. Clitocybe vient du grec « pente » et « tête », pour son chapeau qui se creuse.
- Le chef de file de son genre : c’est l’espèce type du genre Clitocybe, celle à laquelle le nom du genre est rattaché.
- Un hôte pour un autre champignon : ses vieux exemplaires peuvent porter Volvariella surrecta, une volvaire parasite qui pousse directement sur son chapeau, en fin d’automne.
- Boudé par les larves : il résiste aux larves de mouches mycophages, peut-être grâce à ses composés chimiques.
- Riche en protéines : paradoxalement, les analyses le montrent plus riche en protéines et en phosphore que le cèpe ou la girolle.
Questions fréquentes sur le clitocybe nébuleux
Le clitocybe nébuleux est-il comestible ?
Non, plus aujourd’hui. Il est classé non comestible en Suisse depuis 2017 (confirmé en 2023) et vénéneux ou impropre à la consommation en France et en Italie.
Pourquoi le petit-gris des sapins est-il devenu toxique ?
Le champignon n’a pas changé : ce sont les connaissances qui ont évolué. Les intoxications digestives répétées et la présence de nébularine, résistante à la cuisson, ont conduit à le déconseiller.
La cuisson ou le blanchiment le rendent-ils consommable ?
Non. La nébularine résiste à la cuisson, et aucune méthode de détoxication n’a été validée.
Est-il mortel ?
Il n’est pas classé parmi les champignons mortels. Ses troubles sont surtout digestifs, parfois sévères (déshydratation). Le danger vient aussi des confusions avec d’autres espèces.
Comment différencier le clitocybe nébuleux de l’entolome livide ?
Regardez les lames : crème et un peu décurrentes chez le clitocybe nébuleux, jaunâtres puis roses et échancrées chez l’entolome livide. La sporée de l’entolome est rose.
Qu’est-ce que la nébularine ?
Une molécule proche de l’adénosine, un composant de l’ARN, présente dans le clitocybe nébuleux. Elle est cytotoxique en laboratoire et résiste à la cuisson. Son effet à long terme chez l’homme n’est pas connu.
Quelle est son odeur ?
Forte et désagréable pour la plupart des gens, comparée à celle des pleurotes, d’un poulailler ou d’un fromage.
Quand le trouve-t-on ?
En fin d’automne, surtout d’octobre à novembre, parfois jusqu’en décembre, dans les forêts de feuillus et de conifères.
Clitocybe nébuleux et Lepista nebularis, est-ce le même champignon ?
Oui. Le nom Lepista nebularis a été proposé en 1974, mais le nom retenu reste Clitocybe nebularis.
J’en ai mangé pendant des années sans problème : dois-je m’inquiéter ?
Aucun effet à long terme n’a été démontré chez l’homme. Par précaution, les autorités recommandent simplement d’arrêter d’en consommer. En cas de doute, parlez-en à votre médecin.
Espèces proches
- Tous les clitocybes · Clitocybe blanchi · Clitocybe de l’olivier
- Entolome livide · Pied bleu · Tricholome terreux
- Les champignons toxiques · Intoxication aux champignons
Sources
- VAPKO, Modification du statut de comestibilité du Clitocybe nebularis (2023) et Le Clitocybe nebularis devient non comestible.
- Clitocybe nébuleux, Wikipédia, et Clitocybe nebularis, Wikipedia (en anglais).
- Université Lyon 1, Clitocybe nebularis.
- Anses, Intoxications accidentelles par des champignons, bilan juillet-décembre 2024 (2025).